Quand j'étais ado, comme tous les jeunes de ma génération, je regardais le Club Dorothée. Parmi les séries diffusées dans le programme, je suivais avec assiduité "la vie
de famille", une série racontant l'histoire d'une famille afro-américaine de la middle class. Parmi les personnages, il y avait Steve Urkel, le voisin un peu envahissant de la famille : grosses
lunettes à monture colorée, pantalon trop court - taille bien haute - porté avec des bretelles et une belle chemise à carreaux. Sans oublier son superbe pull jacquard ou son chandail de
grand-mère. C'est bien simple : dans les années 90, Steve Urkel avait le look parfait du looser de service. Vingt ans plus tard, les choses ont bien changé...
Depuis quelques mois, vous les avez certainement croisés : on les voit partout... Dans les magazines, à la télévision, dans les soirées branchées
de la "capitale", dans les publicités The Kooples... Qui sont-ils ? Mais les hipsters, voyons !!!! Aussi étonnant que cela puisse paraître, la mode du moment, c'est le look Steve Urkel. Tout a
commencé il y a quelques années, avec le retour fracassant du noeud papillon : porté sur un tee-shirt ou, pire, avec une chemisette. Stromae en avait même fait sa marque de fabrique : un
précurseur (message personnel : Maman, clique sur ce lien pour savoir qui est
Stromae) ! Pour ceux qui ne lisent pas la presse féminine n'auraient jamais entendu parlé de ce phénomène, on appelle hipsters des
jeunes (vingtenaires ou trentenaires, en général), CSP+, qui ont fait des études, sont citadins et revendiquent une certaine liberté de penser et de s'habiller, une indépendance, une
contre-culture, un humour un peu décalé et un anti-conformisme absolu. En quelques mois à peine, les hipsters sont devenus une véritable catégorie sociale (à l'instar des geeks, des emos ou
des bo-bos).
Mais comment reconnaître un hipster ? C'est assez facile... Côté look, le hipster revendique un j'm'en-foutisme absolu et une nonchalance affichée : on prend le look de
Steve Urkel, pomme-c, pomme-v et on a un hipster. Rajoutez quelques accessoires et le tour est joué : un vélo (of course, le hipster se déplace à bicyclette. Mieux, en "fixie", un vélo à
pignons fixes, sans vitesses, à l'ancienne...), une paire de lunettes à montures bien épaisses et très visibles (le must : les porter sans verres... Les lunettes deviennent un simple
accessoire de mode. Un peu comme si vous portiez des protèses auditives juste pour avoir de jolies accroches colorées derrières les oreilles...). Capillairement parlant, le hipster est
intéressant : barbe de 3 voire 15 ou 20 jours, tignasse habilement décoiffée (ce qui demande, en réalité, un travail colossal : l'effet saut du lit c'est ce qu'il y a de plus difficile à
faire...), sans parler du retour absolument imprévisible de la moustache. Moustache qui est d'ailleurs devenue THE emblème des hipsters : on la voit déclinée partout, sur des tee-shirts, des
bijoux, des accessoires de papeterie... Get a moustache or die.
Bien sûr, le hipster a des activités de hipster : il va à des soirées cool et rétro, il écoute le dernier album des Daft Punk comme tout le monde mais en vinyle ONLY, il
prend des tas de photos artistiques de sa vie quotidienne avec tout plein de filtres Instagram et les poste sur les réseaux sociaux... Il
travaille, of course, mais dans un univers artistique : le hipster est directeur artistique, architecte, graphiste, community manager... mais rarement contrôleur de gestion ou huissier de
justice. Le hipster a évidemment un langage bien à lui, à base de "über", de "hashtag", de "slash" et de -ing à la fin de tous les mots (fooding, pressing, boring)...
Si à l'origine, le hipster était vraiment en opposition totale avec la société de consommation, il semblerait que le mouvement se soit auto-détruit. Etre avant-gardiste et
non-conventionnel est tellement tendance que, dorénavant, être hipster est devenu à la mode. Et les marques s'emparent de ce nouveau phénomène, faisant du hipstering LE way of life du moment : un
simple courant consumériste, comme tous les autres qu'il dénonçait auparavant. Ah la la, si le simple fait de ne pas vouloir être à la mode devient à la mode, on ne va plus s'en sortir...

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