Vendredi 22 août 2014 5 22 /08 /Août /2014 16:15

index.jpg Ce matin-là, je me suis réveillée avec une drôle d'impression. Avec la désagréable sensation que la vie devait continuer malgré tout mais que les choses ne seraient jamais complètement comme avant. Un peu comme si tout avait perdu un peu de saveur, un peu de couleur, comme si tout était à la fois pareil et complètement différent. Ce matin là, je suis partie travailler : comme tous les jours, j'ai géré mes emails, répondu au téléphone, validé des BAT, envoyé des briefs, avalé mon plat tout préparé en plaisantant avec mes collègues, corrigé des brochures, fait des rétroplannings... Une journée banale, comme tant d'autres, et pourtant, ce jour-là, il manquait quelquechose sur Terre. Ce jour-là, il manquait Alba.

 

index-copie-1.jpg La vie nous réserve parfois de chouettes surprises : pour moi, l'une d'entre elles a été ma rencontre avec Alba. Je venais de commencer dans une nouvelle agence de communication : mon prédécesseur, très aimé de toute l'équipe, s'était fait virer la veille et mon arrivée était plus que tendue. Inutile de préciser que les premières semaines ont été un peu compliquées à gérer. Alors ce matin de janvier 2010, quand j'ai vu débarquer notre nouvelle stagiaire, un peu stressée, qui serrait bien fort contre son coeur une pochette aux couleurs de notre école, j'ai tout de suite pigé qu'on allait bien s'entendre. On dira ce qu'on veut, mais faire ses études dans la même école de commerce, ça crée des liens (le fait que nous travaillions également toutes les deux pour la même connasse a certainement accéléré les choses).

 

apres_midi_entre_copines__124912.jpg Ensemble, on regardait l'Amour est dans le pré en se faisant les ongles ou on allait boire des mojitos en parlant de trucs légers. De ses amours, de nos petits tracas du quotidien, de fish pedicure (je sais bien que c'est elle qui a eu la bonne idée de m'offrir ça pour mon pot de départ !), de nos envies, de nos soucis de boulot, de nos grands bonheurs, de nos petites joies. Elle était présente ça et là sur mon blog. Elle était Superstagiaire, qui laissait toujours de gentils petits commentaires. C'est avec elle que j'ai passé la soirée la plus surréaliste de toute ma vie : des années après cette inoubliable virée en Magic Bus, je me marre encore en la revoyant sortir des fourrés, la culotte à peine remontée, pour attraper ce bus qui allait nous faire vivre de folles aventures. Alba, c'était pas juste ma stagiaire : c'était ma copine.

 

index-copie-2.jpg Un jour, Alba et moi on ne s'est plus trop vues. Sans raison. On s'écrivait toujours plein de petits textos, pour se donner des nouvelles, mais à chaque fois que je lui proposais de la voir, elle bottait en touche : elle était prise, n'était pas à Paris... Petit à petit, j'ai compris qu'il devait y avoir un souci. Alors j'ai continué à lui écrire et à lui proposer des sorties au ciné ou au théâtre, des apéros... Et puis un jour, elle a dit oui. Nous ne nous étions pas vues depuis plus d'un an. Et ça a été un vrai choc. J'étais arrivée un peu en avance, alors j'en ai profité pour envoyer quelques textos : heureusement que j'étais occupée quand elle est arrivée car ça a été violent. J'ai levé la tête et j'ai vu une Alba transformée : je n'ai eu que le temps de lui dire "excuse-moi une seconde, je dois terminer ce mail très important" afin de me replonger dans mon téléphone et d'avoir quelques secondes pour me ressaisir. A ce moment précis, j'ai compris qu'Alba était très malade et que le fait de me voir alors qu'elle avait tant changé était une marque de confiance et d'amitié très forte de sa part.

 

index-copie-3.jpg La dernière fois que nous avions passé une soirée ensemble, elle avait les plus beaux cheveux que j'avais jamais vus (plus beaux que les miens : c'est vous dire la masse qu'elle avait !). Une cascade de longs cheveux noirs et bouclés. Avec un teint de porcelaine, un joli visage aux joues roses, de jolies mains fines dont elle était si fière et un regard pétillant. Et un rire cristallin. Mais ce jour-là, face à moi, je ne la reconnaissais plus : un corps et un visage gonflés par les médicaments, une perruque qui lui donnait chaud et semblait la démanger atrocement, les doigts enflés, des difficultés à parler... J'ai bien vu que ces retrouvailles étaient difficiles pour elle, alors je me suis dit que ça devrait devenir un moment amusant pour elle. Et on s'est marrées comme des folles : elle ne pouvait pas trop parler, alors j'ai fait le show comme jamais. On a rigolé à en avoir mal aux côtes et je la voyais se détendre petit à petit et passer vraiment un bon moment. Je n'ai pas posé de questions car j'ai senti qu'il y avait des sujets dont elle n'avait pas envie de parler. Elle ne m'a pas dit ce qu'elle avait et je ne le saurai certainement jamais : elle m'a juste dit "ca va mieux, ça va aller". C'était il y a un an. C'était la dernière fois que je voyais Alba.

 

index-copie-4.jpg Ce 27 juillet, ses proches ont posté un message sur Facebook, pour informer ses proches de sa récente disparition. Je n'ai pas osé y croire au débur. Quelques semaines après cette triste nouvelle, je pense encore à Alba tous les jours. J'essaie de ne garder que les images heureuses avec elle. Je réalise que la vie est précieuse et peut s'arrêter trop tôt, et je me dis qu'après tout, les petits tracas du quotidien et les prises de tête sur des sujets débiles sont finalement très anecdotiques.  Et surtout, je trouve que parler d'Alba au passé, et bien ça fait drôlement mal...

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