Je déteste être malade. Pourtant, il fut un temps où avoir la grippe était la meilleure chose qui pouvait m'arriver... A l'époque, j'avais 8 ou 10 ans, et quand j'étais malade,
je vivais quelques jours de pur bonheur. Déjà, je n'étais pas obligée d'aller à l'école. Et même pour une bonne élève comme moi (rassurez-vous, les choses ont changé quand je suis arrivée au
lycée : la filière scientifique, ça n'a jamais été mon truc. Et pourtant, j'ai eu laborieusement mon bac S. Inutile de préciser que mes futurs enfants ne sauront jamais que leur mère a passé son
bac au rattrapage...), passer quelques jours bien au chaud pendant que les autres se tapaient des dictées, des problèmes de maths et l'atroce cours de gym, c'était le rêve.
Il faut dire que j'avais la chance d'être bichonnée : ma grand-mère, qui vivait dans le même immeuble, me pressait du jus d'orange frais, me faisait préparer mes plats
préférés et m'achetait des livres et des magazines pour que je ne m'ennuie pas. Etre malade, c'était vraiment le pied. Aujourd'hui, les choses sont un peu différentes...
Ma grand-mère n'est plus là et je vis seule dans mon home sweet home : alors il n'y a plus personne pour m'apporter mes plateaux repas au lit, me donner mon petit verre de
vitamines et me chouchouter. Pas le temps de rester à glander bien au chaud au fond de mon lit : j'ai choisi de travailler en free-lance, alors mes clients n'ont pas à savoir que je suis en train
d'agoniser. Ce qu'ils veulent, c'est que le boulot soit livré en temps et en heure.
Alors je passe mes journées devant mon ordinateur, entre deux piles de mouchoirs (à droite, les propres, à gauche, les sales), à me gaver d'un cocktail de
Doliprane-Efferalgan-Strepsil-Drill-Juvamine-Fervex, baignée dans des vapeurs d'Eucalyptus et d'huiles essentielles que je sniffe à longueur de temps. Avec toujours cette grosse barre sur le
front, ces courbatures douloureuses qui me font mal partout et les yeux qui pleurent entre deux éternuements. Et je râle, et je me mouche, et je râle encore, et je sors le chien dans le froid
alors que je n'ai qu'une envie, m'enterrer sous ma couette, et je râle, et je me tartine les ailes du nez de crème cicatrisante en espérant que mon pif ne restera pas rouge trop longtemps. Sans
parler de ma voix atroce et de ma jolie prononciation "Bondour, z'est Bado. De bous abbelle bour l'idtebiew gue dous abions fixée ce batin". Crédibilité professionnelle : zéro.
Journée de merde berde. J'ai envie d'avoir 8 ans à nouveau...
Vous disiez ?