Paris est une ville pleine de secrets, de recoins cachés, de petits endroits typiques qu'on ne peut pas connaître quand on ne passe pas un peu de temps dans cette ville merveilleuse.
Comment ça, pas objective, moi ??? Et il y a notamment toute une partie de la ville qui garde encore les traces du Paris d'antan. Il suffit de se promener dans "les beaux quartiers", ceux qui ont
des immeubles haussmanniens : on remarque tout de suite que le dernier étage, sous le zinc des toits, compte des petites fenêtres. Mais qu'y-a-t-il tout là-haut ? Les célèbres chambres de
bonne...
C'est vers la première moitié du 19ème siècle que ces chambrettes ont vu le jour : à l'époque, les bourgeois vivaient dans l'immeuble mais ne voulaient pas que leur personnel
loge avec eux. La solution ? Installer leur bonne à tout faire sous les toits, dans des petites chambres mansardées, qui ont rapidement été appelées les "chambres de bonne". CQFD. Si vous voulez
en savoir plus, regardez le film "les femmes du 6ème étage", en DVD : tout y est très bien vu !
Cette époque qui peut sembler si lointaine ne l'est pourtant pas autant qu'on pourrait le croire. Ma grand-mère, née au début du 20ème siècle, a, jusqu'à la fin de sa vie, eu
"du personnel de maison". Une dame qui s'occupait de la cuisine, du ménage, des courses, du repassage. Une bonne, comme elle l'appelait parfois, ce qui me choquait profondément, mais n'était en
fait que les vestiges d'un mode de vie autrefois très fréquent (aujourd'hui, on dit une "femme de ménage", une "dame de compagnie" ou une "aide ménagère"). Elle en a même eu une qui
s'appelait "Antoinette", ce qui me faisait absolument hurler de rire (je suis désolée, mais ça fait tellement cliché que c'en est drôle !). Même, le personnel de maison suivait des modes
: il y a eu les bonnes espagnoles, puis les portugaises, puis les asiatiques. En ce moment, il y a beaucoup de philippines. Ça va, ça vient.
Mais revenons-en aux chambres de bonne. On y accédait par l'escalier de service. Soit 6 étages, sans ascenseur, dans un petit escalier en colimaçon. Souvent la cage d'escalier
était peinte en marron : il faut croire que c'était la peinture la moins chère. Parfois, un petit effort de décoration était fait, avec un mur en deux couleurs : marrons en bas, jaune pisse en
haut. So glamour. Et au sol, les incontournables tomettes : le seul sol qui a toujours l'air sale, même quand il est propre. Alors pourquoi se casser la tête à le laver. Le sol était donc dégueu.
Et très froid.
Parce que question isolation, les chambres de bonne, c'est pas ça. Sous les toits en zinc, il fait très froid l'hiver : il y a toujours un petit vent glacial qui arrive à se
faufiler sous la lucarne... Résultat : on passe la nuit à essayer de réchauffer les 9 mètres carrés de sa chambre mais rien à faire, il y a toujours de la fumée qui sort de votre bouche quand
vous parlez. En été, à l'inverse, les toits font un peu comme ces cloches en métal qu'on utilise pour garder un plat au chaud avant de le servir : en gros, on cuit comme dans une étuve.
Heureusement qu'il reste le printemps pour avoir un peu de fraîcheur.
Car il ne faut pas croire qu'aujourd'hui, les chambres de bonne n'existent plus. Bien au contraire ! Quand on est un étudiant un peu fauché, la chambre de bonne reste l'une des
solutions les plus économiques pour se loger à Paris (je ne vais pas aborder ici l'épineux problème du manque de logement étudiant dans la capitale, je vais encore me faire taper sur les
doigts. On ne peut vraiment plus rien dire. Si ça se trouve, un jour, je ne pourrai plus vous parler que de botanique pour ne pas risquer des représailles sanglantes). La chambre de bonne
avec tous ses accessoires : son petit point d'eau obligatoire (en gros, un robinet microscopique dans lequel on ne peut faire qu'une toilette de chatte. D'un autre côté, essayez un peu de mettre une cabine de douche dans une pièce de 9 mètres carrés : ça ne laisse plus beaucoup de place pour le lit
!), ses deux plaques de cuisson électriques sur lesquelles les pauvres petits étudiants cuisinent leurs pâtes au beurre (avec bolognaise, pour les jours de fête) et surtout... les
toilettes à l'étage !
Inutile de préciser que c'est un peu un passage obligatoire pour les habitants de sous les toits : partager les commodités. Le rêve. Et bien sûr, les toilettes ne sont quasiment
jamais chauffées : je vous laisse imaginer le cauchemar si vous avez envie de faire pipi en plein milieu de la nuit, le 3 janvier, alors que la température extérieure avoisine les -5°C. Sans
parler des mauvaises rencontres : tomber nez à nez avec votre voisin un peu louche, qui vient de passer 45 minutes aux WC et laisse derrière lui une odeur nauséabonde, ce n'est pas forcément très
agréable. Voyons le bon côté des choses : le siège sera bien chaud...
Mais les chambres de bonne, malgré ces petits inconvénients, s'arrachent comme des petits pains. D'une part, parce qu'elles constituent des lieux charmants qui, avec quelques
travaux d'aménagements, peuvent devenir des nids douillets (j'ai moi-même vécu dans deux chambres de bonnes que je trouvais très chouettes. Même si, depuis, je garde un traumatisme profond et
que je ne peux plus utiliser un sanibroyeur. Je ne vais donc jamais aux toilettes chez ma soeur. Je sais, je devrais voir un psy. Mais imaginez un peu la tête que vous feriez si l'intégralité des
merdes déjections de votre voisin se mettaient à couler en pleine nuit sur la moquette de votre chambre ? Vous aussi, vous refuseriez
catégoriquement de vous trouver confronté à nouveau à cette situation atroce. Qui m'est arrivée deux fois...). Et d'autre part, parce que la vue sur les toits de Paris y est souvent
imprenable. Et les loyers montent de plus en plus : 450 euros pour une pièce de 10 mètres carrés, vous y croyez ? Et pourtant, si vous saviez...
Vous disiez ?