J'adorerais être cultivée. Savoir briller en société comme le font si bien les autres. Etre capable de parler aussi bien de grande littérature que de géo-politique
(sans que cela soit barbant, bien sûr). Avoir un avis intelligent sur les choses... Malheureusement, la culture porte bien son nom et nécessite d'être cultivée, au sens propre. Elle
exige du temps, de la curiosité, de la mémoire... Si seulement je passais un peu moins de temps devant mon ordinateur et plus dans les bibliothèques, je serais certainement bien plus intéressante
dans mes conversations... Mais je commence à découvrir que finalement, l'intelligence n'est en général qu'une façade et qu'il suffit de maîtriser quelques règles pour avoir l'air particulièrement
brillant.
La preuve par l'exemple : alors que j'étais dans le TER, la semaine dernière (message personnel à l'attention de mes lecteurs sensibles : rassurez-vous, je ne ferai
aujourd'hui aucun commentaire désobligeant sur la province. Vous pouvez donc continuer votre lecture l'esprit léger), mon oreille est attirée par deux hommes assis à côté de moi et qui
parlent du Whisky Live. Pour faire simple, le Whisky Live est un peu l'équivalent du Salon de l'Agriculture mais pour les alcooliques amateurs
de breuvages maltés. Rassurez-vous, je ne suis pas une experte en whisky : il se trouve juste que j'ai eu l'occasion de travailler pour l'organisateur de ce célèbre salon annuel. Alors même si cette expérience fut probablement la pire de ma vie (3 ans
après, Mado balance !!!!!!), j'ai quand même appris beaucoup sur le monde du whisky... Les deux hommes du train, donc, se demandaient combien de whiskies étaient référencés chez mon
enfoiré d'ancien patron : et je n'ai pu m'empêcher de sourire en entendant la grosse boulette qu'ils étaient en train de dire. Nous avons
rapidement engagé la conversation sur le whisky... Je leur ai parlé de whisky japonais, de l'histoire des distilleries, de spiritueux, puis la conversation est devenue plus
technique : l'un des hommes, qui gérait visiblement une
grande cave, m'a demandé quels étaient mes goûts en matière de Champagne. Sachez-le, mes amis, je suis une bien piètre amatrice de vin : un verre, et je suis bourrée (et ce n'est pas
Chéri-qui-m'invite-tout-le-temps qui va s'en plaindre : je suis particulièrement économique d'un point de vue biturage). Alors je lui ai balancé deux noms de Champagne que j'aime bien, dont
le Champagne Drapier, peu connu du grand public, mais que j'ai eu l'occasion de goûter à de nombreuses reprises grâce à une connaissance qui travaillait pour cette marque. A peine avais-je
prononcé ce mot magique que mon interlocuteur m'a félicitée pour mon excellente connaissance du marché des spiritueux et du Champagne, et m'a dit qu'il rencontrait rarement des gens qui
connaissaient cet excellent Champagne. Etre capable de tenir 45 minutes de conversation sur un sujet qu'on ne maîtrise pas du tout ? Mado, reine de l'esbroufe.
Voici donc les 5 règles à suivre pour avoir l'air intelligent et cultivé, sans pour autant l'être vraiment :
Règle n°1 : connaître un peu de tout
Pour avoir l'air cultivé, il ne suffit pas d'être expert dans un seul domaine : être incollable sur la gestation des éléphants de Namibie, c'est formidable, mais ça ne sert
à rien. Mieux vaut connaître deux ou trois petites choses sur plein de sujets que de se focaliser entièrement sur un seul thème. Parce que si la conversation s'oriente sur un autre sujet que
celui que vous maîtrisez, vous êtes cuit. C'est comme au bac : on ne peut pas faire l'impasse sur tout...
Règle n°2 : être un zappeur
Aujourd'hui, il est facile d'accéder très rapidement à un maximum d'informations : 15 minutes de France Info tous les matins, et vous êtes calés aussi bien sur les nouvelles
politiques que l'actualité artistique ou littéraire du moment (LE film à voir, LE livre à lire, L'expo à ne pas louper...). Vous en saurez même suffisamment sur la météo de la semaine
pour meubler une conversation quand vraiment vous ne savez pas quoi dire. Et si vous n'avez pas le temps d'écouter la radio ou de regarder le 6 minutes d'M6, il vous reste les journaux gratuits
du métro, qui sont une excellente source de matière pour faire croire que vous savez plein de choses.
Règle n°3 : Wikipédia, mon meilleur ami
Pas besoin de tout savoir sur tout : l'essentiel est de savoir où trouver l'information. Et pour cela, Wikipédia reste la source la plus rapide et efficace pour combler en
quelques minutes des trous de culture. Je dois même l'avouer, il m'est même arrivé, lors de dîners très chiants intellos de m'éclipser quelques
minutes aux toilettes pour faire quelques recherches sur mon Blackberry. Les smartphones portent bien leur nom...
Règle n°4 : connaître des anecdotes pointues
Tout l'art de se faire passer pour cultivé réside dans la capacité à savoir des choses que les autres ne savent pas. Ainsi, par exemple, lors d'une visite à Versailles,
tout le monde connaît le Roi Soleil (et non, je ne parle pas de la comédie musicale chorégraphiée par Kamel Ouali), et il ne sert à rien de raconter à vos amis tout ce qu'a vécu ce roi
mondialement connu (comme vous, ils sont passés par les bancs de l'école primaire et ont appris tout cela dans les livres d'Histoire). En revanche, en glissant, l'air de rien, au détour
de la conversation, que Louis XIV avait beaucoup souffert de sa fistule anale, vous aurez l'air d'en connaître un rayon en matière de secrets de la monarchie française. Stéphane Bern serait fier
de vous, tiens ! Et de la même manière, pas besoin d'aller voir l'expo que "tout le monde va voir" : le must, c'est d'aller voir des expos confidentielles, des galeries peu connues... Aller voir
Monet au Grand Palais, c'est bien, mais banal. Parler du vernissage de la nouvelle expo sur l'approche moderne de la beauté féminine, à l'Institut Hongrois, c'est carrément la classe... A vous de
jouer.
Règle n°5 : savoir se taire
"Quand on ne sait pas, on se tait" : cette rengaine entendue mille fois par les enfants n'a jamais été aussi vraie. Rien ne sert de parler quand on n'y connaît rien. En
revanche, il suffit de ne rien dire, de prendre un air entendu et de laisser sous-entendre qu'on maîtrise parfaitement le sujet (mais qu'on n'a pas besoin d'en rajouter car étaler sa culture,
ça fait vulgaire...). Car vous le remarquerez rapidement, ce sont souvent ceux qui en parlent le plus qui en mangent savent le moins. Le
dicton "la culture, c'est comme la confiture : moins on en a, plus on l'étale" résume bien la situation...
Et voilà : 30 ans que je fais semblant d'être cultivée, de savoir plein de choses, alors qu'en fait... c'est du vent !!!!! Je sais, c'est un mythe qui s'effondre...
Ah, et au passage, n'oubliez pas votre petit clic du jour :
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