A
quelques semaines des élections européennes, les médias ne parlent que du taux d'abstention et du fait (je traduis leurs propos) que les Français n'en ont strictement rien à faire du
Parlement européen (dont il ne comprennent d'ailleurs ni l'utilité ni le rôle) et préfèrent profiter de l'arrivée de l'été pour aller passer le week-end à la campagne plutôt que d'aller
s'enfermer dans l'isoloir.
Pour ma part, j'irai voter. Pas par passion pour la politique européenne, mais
parce que je suis une femme, et qu'il y a encore quelques dizaines d'années seulement, nous n'avions pas le droit de vote. Je me souviens d'une conversation que j'ai eue avec ma grand-mère à
l'aube de mes 18 ans : elle a connu cette période où les femmes n'avaient pas leur mot à dire, et jamais elle n'a manqué un seul scrutin depuis que ce droit lui avait été accordé. Ses paroles
m'ont marquée, et j'ai toujours eu à coeur de remplir mon devoir de citoyenne. Ce qui m'a valu de vivre une expérience assez désagréable : flash back dans le passé...
Nous sommes en 2002, quelques jours à peine après le premier tour des élections
présidentielles : la France est chamboulée, Le Pen est au second tour... Ce samedi matin, comme chaque semaine, j'arrive à mon cours de droit public dans une prépa privée. Le prof est très
impliqué en politique, et ouvre le débat sur cet événement majeur de la vie politique française. La vingtaine d'élèves présents ce matin là est unanime : c'est un scandale ! Si Le Pen passe, il
faut annuler l'élection. Ils en sont déjà à organiser leur participation à la manifestation anti-Le Pen qui aura lieu dans 3 jours. Les propos sont houleux. Je ne dis rien, et reste dans mon
coin.
Le prof, remarquant mon silence, me demande mon avis. La classe se tait et me
regarde : "non, je n'irai pas manifester contre Le Pen. Et s'il devenait Président de la République, je ne ferais pas tout pour faire annuler son élection..." J'ai à peine le temps de finir ma
phrase que tous me traitent de raciste, de fasciste, d'extrêmiste... J'avoue que cette violence verbale me surprend et me choque. : j'essaie de leur expliquer que la France est une démocratie, et
que si un candidat est élu de manière démocratique, il n'y a pas de raison de revenir sur son élection. Ils ne se calment pas.
Je commence vraiment à m'énerver : "non, je n'irai pas manifester !" "Ah bon, me répond l'un des élèves, parce que tu t'en moques de donner ton avis ?". "Et bien je l'ai déjà donné, mon
avis, en allant voter au premier tour (et pas pour Le Pen, pour ceux qui en auraient douté). J'étais en week-end chez des amis, et je suis rentrée plus tôt pour voter, alors je n'ai pas
besoin de m'exprimer dans la rue. Et puis d'abord, qui d'entre vous est allé voter au premier tour ????"Vous êtes 6 personne(s) en ligne
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