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Parmi mes multiples missions au bureau, je suis, entre autres, chargée d’une opération de parrainage à destination de personnes un peu âgées (c'est le
moins qu'on puisse dire : le plus jeune doit avoir dans les 80 ans bien tassés). Il m’arrive donc fréquemment de les avoir au téléphone, pour leur expliquer notamment comment se connecter à
un site Internet (on ne dirait pas comme ça, mais croyez moi, au-delà de 60 ans, l’informatique, c’est un monde compliqué et incompréhensible. Un jour, j’ai passé presque une heure à
expliquer à un gros con monsieur ce qu’était la barre d’adresse, et que non, on ne tape pas l’adresse dans google).
Un soir donc, mon téléphone sonne : je réponds et tombe sur un vieux monsieur qui a besoin d’aide pour se connecter : je lui explique donc comment faire et lui dicte l’adresse :
- Vous tapez donc http://adressedusite.fr
- Attendez mademoiselle, vous allez trop vite : je ne tape qu’avec un seul doigt.
- Mais je vous en prie, prenez tout votre temps (sourire crispé : on est vendredi soir et j'aimerais bien partir en week-end pas trop tard)
- Mais vous savez, je suis très habile avec un doigt ! Ma femme adore ça d'ailleurs... Et vous, vous aimez ça ?
J’ai cru m’étouffer avec mon combiné… Je ne réponds pas et continue comme si de rien n’était :
- Une fois que vous avez tapé l’adresse, vous cliquez sur « entrer ».
- Dites moi mademoiselle, quel est votre prénom ?
- Euh… Madeleine.
- Grrrrr, moi les madeleines, je les croque. J’aimerais bien vous croquer d’ailleurs… Mais je suis sûre que vous avez un copain, non ?
- En fait, monsieur, je suis MARIEE (bon, ok, ce n’est pas vrai, mais bon, il n’est pas censé savoir).
- Coquine… Mais je peux être votre copain si vous voulez (c’est qu’il insiste le malotru)
- Je vous remercie, mais je suis tout à fait fidèle. Et donc ensuite, vous tapez votre code.
- Mais c’est parce que vous ne m’avez pas essayé. Puis-je vous inviter à prendre un café ? Ou mieux, des huîtres et du Chablis : j'aime beaucoup l'alcool et les textures glaireuses (je suis à deux doigts de vomir). Dites oui, s’il vous plait…
- Ecoutez, je vous remercie et je suis très flattée (non, ce n'est pas vrai : je ne suis pas flattée, juste nauséeuse), mais je suis dans un cadre professionnel et je ne peux malheureusement (tu parles…) pas accéder à votre demande.
- Bon, et vous êtes comment ? Je suis sûre que vous êtes très grande…
- Et donc vous tapez votre code et vous validez.
- De toute façon, j’ai votre numéro et je vous rappellerai…
J’y ai quand même passé 25 minutes, à essayer laborieusement de faire cesser le harcèlement sexuel de ce gros porc qui haletait comme un poney dans le combiné du téléphone, avec Bach
en fond sonore : il croit que je suis le téléphone rose ou quoi ? Les vieux, c'est vraiment plus ce que c'était...
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