Ce n'est un secret pour personne, je suis une flippée de l'avion : à chaque fois que je dois prendre un long courrier, c'est la même histoire... Plusieurs jours avant le départ, j'attaque
les tranquilisants aux plantes, je fais de la relaxation, regarde sur Internet les statistiques des derniers accidents : bref, je stresse. Et avant le décollage, moment fatidique où je me mets à
pleurer (je n'y peux rien, ça coule tout seul...), j'avale une petite pillule magique qui m'assurera un sommeil de bébé jusqu'à la fin du voyage.
Alors quand Superpilote m'a dit "demain, je t'emmène faire un tour en avion",
vous vous doutez bien que j'ai eu peur... Et puis je me suis dis que j'étais trop bête, que ça pouvait être une découverte et que j'allais tenter le coup.
Samedi après-midi, nous arrivons à l'aérodrome : je suis surexcitée, je n'ai
pensé qu'à ça toute la nuit... C'est en voyant ce tout petit avion que j'ai commencé à me demander ce que je faisais là. Courageuse, mais pas téméraire, la Mado...Superpilote me fait faire le
tour de l'avion : "alors là, c'est l'hélice (bon, ça va, je sais...), ici les deux réservoirs de carburants, ici les ailerons...". Je profite de la visite pour évaluer rapidement l'état
général de l'avion (je n'oublie pas mes craintes, loin de là : un boulon qui saute, et la chute peut être terrible...) : ça va, tout à l'air ok. Même la peinture est en bon état : je
vais pouvoir monter dans l'engin.
Je m'installe à la place du
mort à côté de Superpilote, qui me cale un gros casque-micro sur les oreilles. Oui, l'avion, ça fait du bruit. Je ressemble à un DJ de boîte de nuit des années 80 (ou à un chef de
chantier : je ne sais pas ce qui est le plus avantageux) : il ne me reste plus qu'à mettre mes Rayban Aviator, et je suis prête à me la jouer Top Gun.
"Papa, Charly, Delta, Echo, Bravo, nous traversons la piste" : on va à la
pompe à essence pour faire le plein. Le coup de la panne en plein vol, c'est moyen... Une fois réglés les derniers détails techniques, on peut y aller. Je commence à sentir la pression (donc,
j'arrête de parler : la peur reste, à ce jour, le meilleur moyen pour me faire taire). Nous arrivons sur la piste de décollage.
Dernier check up pour vérifier que tout est OK et c'est parti : l'avion
démarre, prend de la vitesse, et décolle. J'avoue, j'ai un peu fermé les yeux à ce moment. Mais après quelques secondes, quelles sensations !!!! On est bien loin de la désagréable impression de
sentir son dernier repas faire le chemin en sens inverse, comme cela peut être le cas dans un Airbus. Tout se fait en douceur et je ne m'étais pas sentie aussi libre depuis longtemps.
La Terre vue du ciel, c'est tellement beau... Tout a l'air plus coloré, plus
surprenant, plus nouveau... Les forêts, les lacs, les maisons ("oh, jolie piscine"), les voitures, les routes : tout semble différent. Même cette usine stockant des débris de verre avait
un côté poétique avec ses petits tas de paillettes brillantes. Bon, je n'en suis pas encore à passer mon brevet : quand Superpilote m'a passé les commandes, je ne faisais plus trop la maline. Je
crois même lui avoir détruis définitivement un tympan en criant un peu trop fort dans le micro : "reprend le manche !!!!! P...n, mais reprend le manche !!!!!!!!!!!" (Non, je ne suis pas
hystérique : j'ai déjà du mal à conduire une voiture, alors un avion, vous pensez. Je n'ai pas envie de nous tuer, non plus !!!!)
Alors que j'admirais toutes ces perspectives qui s'offraient à moi (je
suis powerful, rien ne peut m'arriver, la vie est tellement belle, je peux faire tout ce que je veux, rien n'est impossible : ok, je crois que l'altitude me grisait un peu), Superpilote
m'annonce, à ma grande surprise, que nous rentrons : "quoi ???? Après seulement 5 minutes ??? C'est une blague ! Je n'en ai pas eu assez !!!". "Mais Mado, cela fait plus d'une demie heure que
nous volons..."
C'est là que j'ai compris la passion des pilotes : le ciel est un endroit
véritablement à part, où le temps n'a plus aucune limite... Tous vos problèmes, vos interrogations, vos petits tracas du quotidien, restent au sol, et vous êtes juste libre... Finalement, je
n'aurais sans doute pas dû monter dans cet avion : j'ai l'impression d'être devenue comme un accro au crack après un shoot... J'ai découvert des sensations merveilleuses, et je suis en manque. Il
va m'en falloir encore.Vous êtes 7 personne(s) en ligne
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