La principale difficulté quand un Français arrive à Londres, c'est la langue. Je parle du Français moyen, celui qui a appris l'anglais avec une vieille prof qui avait un accent toulousain à couper au couteau, et qui utilisait Top 6 comme support... Mais si : il y avait le livre avec la leçon ("Where is Brian ? Brian is in the kitchen"...), et le "exercice book" sur lequel on devait remplir des phrases... Quand on passait en 4ème, on avait Top 4, en 3ème, Top 3... Quelle organisation !!!
Le résultat n'est malheureusement pas à la hauteur des espérances de l'Education Nationale : à la sortie du lycée, un étudiant français connaît ses verbes irréguliers par coeur (to shrink-shrank-shrunk : rétrécir, rapetisser), sait situer toutes les pièces de la maison, peut écrire une dissertation de deux pages pour commenter un tableau en utilisant des expressions toutes faites du type "one one hand... one the other hand" ou "as far as I am concerned..." et peut présenter la météo sur Sky News sans problème (il sait dire nuage, soleil, neige, pluie, brouillard...). Malheureusement, il est incapable de s'acheter une carte de métro ou d'ouvrir un compte en banque sans utiliser ses mains (c'est fou comme on retrouve nos racines communes avec les italiens quand il s'agit de se faire comprendre à l'étranger. Ainsi, j'ai réussi à mimer "papier de verre" car je devais en acheter et je ne connaissais évidemment pas ce mot).
L'expatrié fraîchement débarqué en Grande Bretagne passe par plusieurs phases :
Phase 1 : le petit expat ne comprend rien. Il fait des efforts, prend un air inspiré quand on lui parle, en hochant la tête et en ponctuant chaque phrase de son interlocuteur par un "ok, ok" qui veut montrer qu'il a compris mais qui a l'effet inverse. Rapidement, l'expat penchera spontanément la tête sur le cote en fronçant les sourcils pour laisser sous-entendre :
- qu'il ne comprend rien et qu'il serait de bon ton de ralentir ou de répéter
- qu'un interprète serait le bienvenu...
Phase 2 : après quelques jours de silence, l'expat se rend compte qu'il va bien falloir qu'il communique avec ses semblables. Il se lance et finit par trouver qu'il se débrouille très bien finalement [Tiens, je ne savais pas que j'étais bilingue]. Il ne se rend pas compte que les anglais auxquels il s'adresse penchent la tête sur le côté en fronçant les sourcils pour laisser sous-entendre :
- mais quelle langue parle-t-il ? C'est pas de l'anglais quand même ?
- est ce que je suis le seul à ne pas comprendre ? Dans le doute, je vais acquiescer à chacune de ses phrases (ok, ok)...
Phase 3 : petit à petit, l'expat apprend à parler, malgré quelques petites difficultés... Ca finit par venir, et son anglais commence à devenir tout a fait acceptable. Phase 5 : il parait que c'est la phase terminale. L'expat se rend compte de ses erreurs AVANT de les faire. Il commence à se débrouiller partout et peut tenir une conversation sans être bourré (oui, on a l'impression de parler beaucoup mieux avec un petit coup dans le nez => pour ma part, avec un verre seulement, je suis bilingue !!!). Mais c'est en général à ce stade que l'expat doit rentrer en France, où il régressera très vite (d'où l'expression "j'ai perdu tout mon Anglais !", que disent souvent ceux qui ont passé du temps en GB, qui sont revenus à la phase 1 mais qui veulent bien montrer qu’ils avaient atteint la phase 5…)
On dit qu'on est devenu complètement bilingue quand on rêve en anglais : il me reste du boulot !!!
Phase 4 : plus le temps passe, plus l'expat parle mal... Il mélange les mots français et anglais. Ainsi, lorsque deux expatriés qui sont à Londres depuis un moment se rencontrent, ça donne quelque chose du genre "alors, c'est quoi ton background ? Moi je suis en middle Office, c'est moins bien que le back office, je sais, mais je suis quand même over bien payé même si c'est moins stressful". Je ne critique pas, je suis en plein dans cette phase. Et apparemment, je suis la seule à l'avoir dans le sens inverse : parfois, je veux parler anglais et ça sort en français (exemple ce matin au bureau : au lieu de dire "I don't agree with you", j'ai lâché, avec mon plus bel accent anglais, un superbe "je ne suis pas d'accOOOOrd". La honte de la phase 4)
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