L'autre jour, j'ai pris le métro. Je sais, rien d'exceptionnel : les voyageurs de la Ratp sont des centaines de milliers chaque jour à profiter des effluves raffinées des rames
et de la sécurité absolue qu'on ressent en empruntant ce moyen de transport (pensée compatissante pour ma soeur, victime d'un magnifique vol de portable à l'arrachée dans les couloirs du
métro. En plus, elle s'est faite engueuler par les flics, parce que "poursuivre le voleur et essayer de négocier avec lui, c'était vraiment stupide et dangereux". Moi je l'admire : rattraper un
mec quand on est perchée sur des escarpins à talons, j'applaudis la performance).
Mais bon, j'avoue que depuis que je travaille depuis mon "home sweet home", je découvre avec un bonheur sans fin le plaisir de ne plus être obligée de prendre le métro
deux fois par jour, cinq jours par semaine, quatre semaines par mois. Et chacune de mes virées forcées dans les transports en commun me rappelle que vraiment, le métro aux heures de pointe, c'est
atroce. Il faut bien que le travail à domicile ait quelques avantages, quand même.
Je ne m'étendrai pas sur la foule qui pousse et bouscule, sur les bandes de filles qui font les poches des voyageurs et n'écopent de rien d'autre que d'un petit
interrogatoire d'une heure au commissariat du coin (et seulement quand elles se font prendre. Ok, elle sont soit disant mineures - personne pour vérifier - mais sincèrement, si la sentence
était un peu plus dure, elles récidiveraient certainement moins. Imaginons qu'on leur coupe une main à chaque vol, en deux délits, ce serait plié* : elles ne recommenceraient plus jamais. Bah
oui, essayez un peu de jouer au pickpoket avec deux moignons. Bref), sur les gens qui tirent la gueule, sur les accordéonistes qui massacrent "La vie en rose"...
Non, aujourd'hui, nous ne nous intéresserons qu'à un phénomène particulièrement marquant du métro parisien (c'est certainement aussi le cas dans d'autres villes, mais
d'après ma courte expérience de voyageuse, je peux vous dire que je n'ai rien vu de tel à Londres, New York ou Rome...) : les mendiants. Ou les personnes qui font la manche, si vous
préférez.
Arrêtez de prétendre que vous n'en avez jamais vu : ce n'est pas parce que, comme 99,9% des voyageurs, vous faites mine de ne pas les voir quand ils vous mettent la
sébile sous le nez, vous ne vous êtes pas rendu compte que la mendicité dans le métro parisien était un phénomène quotidien. Mais attention, ne mélangeons pas tout : il existe de nombreuses
techniques pour récolter quelques petites piécettes. Chacun sa méthode.
"Mesdameu zé Messieurs, aquetuellement sans domicileu fixeuh je me permets de vous importuner afin de vous demander quelleuque pièceu pour m'aider à survivreu" : la
sempiternelle ritournelle de celui qui passe ses journées dans le métro, à répéter inlassablement la même phrase, presque automatiquement, sans plus prêter attention au sens de ses mots. Parfois,
il s'agit d'un homme, la cinquantaine, dont on sent qu'il fait attention à rester propre et dont on comprend qu'il a été auparavant un monsieur comme tout le monde et que la vie lui a fait un
sale coup. Un jour, j'ai entendu une maman pas très discrète dire à son fils qu' "il faut bien travailler à l'école pour ne pas devenir pauvre comme le monsieur". J'ai eu envie de la
baffer.
Un autre grand classique, c'est la mère (parfois tellement âgée qu'on se demande même s'il ne s'agit pas
de la grand-mère, voire de l'arrière grand-mère) qui
trimballe un pauvre nourrisson qui n'a rien demandé de wagon en wagon. "Sivouplé, pour le bébé, sivouplé". Le plus étonnant, c'est de réaliser que la femme qu'on croise chaque soir dans le même
wagon exhibe à chaque fois un bébé différent... Petite anecdote rapide : un proche de ma famille est rentré un soir plus tôt que prévu d'une soirée, et là, mauvaise surprise, le bébé et la
baby-sitter avaient disparu. Panique on board, allô la police, qu'est ce qu'on fait ? Bah rien, vous ressortez dîner et vous rentrez à l'heure prévue, dans deux heures : et là, ô miracle, la
jeune nounou et le nourrisson attendaient bien sagement, comme si de rien n'était. Un classique, dixit le commissaire, qui a bien expliqué que le petit bébé est un excellent accessoire pour faire
la manche. En plus, vu qu'il ne parle pas, aucun risque qu'il vende la mèche.
Et enfin, bien sûr, il y a cette catégorie de mendiants qui cherchent à susciter la pitié par le dégoût. Tous les moyens sont bons : boiter, adopter une démarche
saccadée, utiliser une béquille, une canne, un fauteuil roulant, porter des bandages, exhiber des croûtes, des plaies sanguinolentes, des varices... Plus la blessure est répugnante, plus les gens
donnent. Tristement vrai. A tel point qu'on peut même se demander si certaines blessures sont réelles ou si d'autres n'ont pas été faites volontairement par certains membres du clan (car la
mendicité dans le métro malheureusement le plus souvent une affaire de communauté. Et ceux qui gèrent tout ça - les chefs de projet en quelques sortes - n'hésitent pas à utiliser les estropiés
pour profiter de leur handicap, beaucoup plus lucratif qu'un homme en bonne santé). Parce que vous, je ne sais pas, mais moi, j'ai l'impression de n'avoir jamais vu autant de moignons que
depuis 3 ans...
A force de voir exhibées toutes sortes d'infirmités, on peut en arriver à imaginer ce que sera la prochaine "mode" en matière de
mendicité dans le métro : mais jusqu'où iront-ils ? Et bien je crois que
lors de ma dernière virée en métro (voilà où je voulais en venir), on a franchi un cap. Alors que je galère entre mon gros sac (non, je
ne fais pas partie de ces femmes qui réussissent à voyager léger : pourtant j'essaie, j'vous jure...), mon ordinateur, mon sac à main, le sac qui contient mon pique-nique... j'entends un
homme mendier derrière moi. Je m'écarte pour le laisser passer, mais personne ne me dépasse. Je baisse alors les yeux... et réalise que l'homme qui fait la manche n'a plus de pied (mais de
vilains moignons cachés sous de drôles de bandages). Il se déplace en rampant, par terre, à la seule force de ses bras, ses jambes traînant derrière lui. Mais surtout, l'exploit qui m'a
véritablement bluffée, c'est quand il est sorti de la rame et, toujours sur le sol et sans utiliser ses jambes, il a changé de wagon... Un véritable serpent... Allez, on n'attend plus que la
prochaine étape : l'homme tronc, posé sur une planche avec des roues...
* ceci est bien évidemment de l'humour. Pas la peine de m'envoyer des emails d'insultes comme
certains savent si bien le faire. On se détend un peu du string please. Car oui, on peut rire de tout.
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Moi, j'ai vu l'homme tronc, devant les galeries lafayette. je n'y suis plus jamais retournée - et quand je vais dans le quartier de l'opéra, je choisis soigneusement ma sortie du métro. Trop horrible, j'en fais encore des cauchemars !
QUoi ??? l'homme tronc est déjà sorti ? ET à quelques stations de chez moi ??? Damned....
J'ai remarqué une autre méthode, davantage en vigeur dans les coins touristique. Ce n'est plus le pauvre bébé mais des chatons... Je me demande bien ce qu'ils leur font avant de s'installer parce que j'ai jamais vu un chaton de cette taille rester en place plus de 30 secondes....
Les chatons et les bébés chiens ! Ils essaient de les vendre ensuite, avant qu'ils soient trop grand pour faire fondre les passants (parce qu'un chat, ca rapporte beaucoup moins qu'un chaton)
Etrangement il n'y a pas pas de mendiants dans le métro de Tokyo ...ni dans la rue non plus d'ailleurs.....auraient t ils trouvé une solution ?
Ok, je passe un coup de bigo à la ratp tokyoïte
j'ai eu droit à "siouplé missiou, pamangé les zenfants la caravane" (what the f**?), ou mon préféré : la pancarte : "J'ai [40] ans et [3] enfants, aidez-moi à manger-que Dieu vous bénisse". vu la différence d'écriture entre la phrase et les chiffres, il semblerait que la pancarte ait été fournie avec des espaces à compléter selon l'inspiration de son détenteur.
Lol, j'adore l'idée de la pancarte customisable !
Si j'arrive dans une telle situation, vu le nombre de médocs que j'ai à la maison, je me suicide.