Il est 21h, je passe les portillons du métro et me dirige vers le quai. Trois petits mecs en uniforme jogging / casquette / gourmette m'entourent : "hé, mademoiselle, pas si vite. On
peut se parler ?" "Désolée, je suis pressée". Ils insistent : "vas-y, c'est bon, viens avec nous, on va sortir et tout". Je n'aime pas trop la notion de "et tout" : avec toutes les horreurs qu'on
voit à la télé ou dans les journaux, je n'ai pas franchement envie de figurer dans la rubrique "faits divers" de 20 Minutes. Je les écarte assez violemment et utilise ma technique de défense
préférée : courir vite.
J'entends le métro : je me précipite dans les escaliers. Une vingtaine de
marches me séparent du wagon salvateur : j'accélère le pas. Je passe la première dizaine sans encombre (je maîtrise la course sur talons hauts à la perfection. Des années
d'entraînement...) et attaque le deuxième escalier. Et là, je n'ai pas compris...
Le sol s'est dérobé sous mes pieds : est ce que j'ai glissé ? Marché sur
mon écharpe (quelle idée aussi d'avoir autour du cou 1m50 de laine tricotée quand 50cm suffisent ?) ? Raté la marche ??? En un quart de seconde, je me suis sentie plonger dans le vide,
la tête la première. Comme dans un film, j'ai eu cette désagréable sensation que le temps ralentissait et que chaque seconde se trainait laborieusement. Je me suis vue basculer vers l'avant, j'ai
senti que mon corps ne touchait plus le sol, puis qu'il retombait violemment sur une marche, puis une autre, puis encore une autre...
Et finalement, j'ai atterri en bas de l'escalier. Impossible de bouger.
J'avais encore en tête la vue de ces marches qui défilaient. J'ai rouvert les yeux, pris une grande respiration, remué les poignets, puis les jambes et je me suis laborieusement assise, incapable
de me relever. Je suis restée par terre un bon moment : j'ai relevé la tête et vu le contenu de mon sac à main éparpillé tout le long de l'escalier. J'ai fini par me relever, après avoir fait les
supers exercices de relaxation qu'on nous apprend à la gym ("on inspire fort - on bloque - on expire") : mes jambes et mes mains tremblaient comme des feuilles...
J'ai récupéré mes affaires et me suis avancée sur le quai du métro, où j'ai
vu qu'une demi-douzaine de personnes, tranquillement assises, avaient assisté à ma chute et n'avaient pas levé un petit doigt. J'ai eu envie de pleurer. Mais c'est surtout le lendemain matin, en
me réveillant toute courbaturée, que j'ai réalisé que j'avais quand même fait une belle chute et que j'avais eu beaucoup de chance de ne pas avoir plus de séquelles. Ma cuisse gauche est violette
et gonflée comme un ballon baudruche, j'ai des bleus sur les hanches, les fesses le dos et les bras, et mes mollets (de la cheville au genou) ont pris une atroce couleur verdâtre.Vous êtes 14 personne(s) en ligne
Vous disiez ?