Lundi 1 février 2010
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J'ai beaucoup de souvenirs heureux de mon enfance qui a, à mes yeux, été véritablement idyllique. Je me rappelle de tant de choses avec ma soeur, de jeux, d'histoires que
nous racontait notre mère, de supers bricolages que nous faisait notre père, de chansons dans la voiture (dans les années 80, nous n'avions pas d'auto radio, et les 600 kilomètres pour aller
en vacances devaient paraître bien longs à mes parents), de spectacles que nous imposions régulièrement à toute la famille, de courses effrénées dans les champs, de chasse aux
oeufs le jour de Pâques, de promenades dans la
forêt aux feuilles qui croustillaient sous les pieds, de descentes sur les pistes enneigées, de noëls colorés, de gâteaux d'anniversaire, d'après-midi merveilleux au Parc Monceau, de la brasserie
du samedi midi (où, comble du bonheur, je mangeais des frites industrielles et du jambon !), de vacances en Auvergne, de petits-déjeuners au soleil sous le parasol bleu intérieur fleurs,
et de fous rires en famille.
Et tous ces moments de joie sont bien soigneusement rangés dans des albums photos que Maman a
pris le soin de remplir, mois après mois, année après année... Ma naissance, mes premiers pas, mes petites bouclettes, l'arrivée de
ma petit soeur, ses premiers pas, nos premières vacances, nos copines, les fêtes de famille, les anniversaires... Sur ces petits bouts de papier glacés, des centaines de souvenirs lointains mais
pourtant si proches. Souvent, nous nous asseyions tous les quatre sur le canapé en panne de velours (si si, c'était la mode à l'époque, je le jure...), et nous passions la soirée à
regarder tous les albums, comme si nous les découvrions pour la première fois.
Il y a quelques semaines, de passage chez mes parents, je me suis replongée dans ces albums : après
les avoir laissés dormir si longtemps sur l'étagère de la bibliothèque, j'ai été émue de revoir tous ces souvenirs. Mais surtout,
j'ai réalisé que les photos avaient vieilli : les couleurs commencent à pâlir et le papier prend petit à petit un aspect jauni. Suis-je donc si vieille ? Je me souviens que, quand j'étais petite,
ma grand-mère me montrait souvent des photos de famille prises dans les années d'après guerre. Et ces clichés passés et grisés me semblaient presque irréels...
Longtemps, j'ai cru que la vie était en noir et blanc jusque dans les années 70 : comme il m'était
difficile d'imaginer que ma maman avait été une petite blonde, que les feuilles des arbres étaient vertes pendant la seconde guerre
mondiale, que le ciel était bleu, que Paris était coloré à la Libération, que le maillot de bain de mon père dans les années 60 était orange électrique et que la France était un pays haut en
couleurs... Aujourd'hui encore, quand je retrouve de vieux vêtements ou objets que j'ai vus sur des clichés, j'ai du mal à imaginer que le monde n'était pas gris. Et pourtant...
Et plus tard, mes (futurs)
enfants (les veinards ! Quel grand bonheur que d'avoir une mère comme moi !!!), lorsqu'ils rendront visite à leurs grands-parents, demanderont à regarder "les vieux albums photos de
maman quand elle était petite". Et eux aussi penseront que, dans les années 80, les gens et les choses avaient tous cette couleur un peu terne et orangée qu'ont les photos de cette époque...
En tout cas, si je sais qu'aujourd'hui, personne ne fait plus autant d'albums (dorénavant, on stocke ses
clichés dans son disque dur), je sais que lorsque je je serai maman à mon tour, je remplirai des albums de photos de mes
enfants, car il n'y a pas plus grand bonheur que de les feuilleter ensemble. Et je perpétuerai cette tradition que ma soeur et moi avons lancée : "l'album de photos râtées", celui qui contient
toutes les photos épouvantables que PERSONNE ne doit jamais voir (genre la photo de l'oncle Machin avec une grosse crotte de nez bien visible, celle de vous à l'âge ingrat avec le trio
acné-appareil dentaire-grosses binocles ou de votre cousin Bidulle en train de manger, avec de grands fils de fromage dégoûtants dans la bouche), le genre d'album qui ne doit pas
être mis entre toutes les mains (si ma soeur ou moi devenions célèbres, il faudrait le mettre au coffre ou le brûler). A ce jour, ma soeur en est la seule gardienne : elle a toute ma
confiance, alors même pas la peine d'essayer de la soudoyer pour y accéder, c'est peine perdue !!!
Par Mado
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Publié dans : Paris
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