Quand j’ai eu un peu plus de 2 ans, mes parents m’ont annoncé une grande nouvelle : « ma chérie, bientôt, tu vas avoir une petite sœur ».
Et effectivement, quelques mois plus tard, alors que je venais de fêter mes 3 ans, la cigogne m’en a livré une.
Enfin, quand je parle de cigogne, bien sûr que je n’en ai pas vu la couleur. Maman est allée à l’hôpital, où elle est restée longtemps. Moi, j’étais bien,
à la maison avec mon Papa pour moi toute seule et mes grands-parents qui me gâtaient comme jamais toujours. Et puis un jour, tout a changé.
Ce matin d’octobre, papa m’avait cachée dans son grand manteau : les petites filles n’avaient pas le droit de rentrer dans l’hôpital. Il a fallu
ruser. Papa a frappé à la porte de la chambre. Maman a dit « entrez ». Papa a ouvert la porte et moi le manteau : Maman, l'air un peu fatigué quand même, m’a tendu les bras en me disant
« ma chérie, je suis contente de te voir... ».
« Bah pourquoi ? T’as une autre fille maintenant ».
Oui, à 3 ans, j’avais déjà du caractère de la
répartie.
Et nous sommes rentrés à la maison, heureuse famille qui venait de s’agrandir. Heureuse ? Pas pour tout le monde. Moi qui étais jusqu’à lors le
centre du monde. Moi qui étais le rayon de soleil de la famille. Moi qui étais celle que tout le monde regarde et admire (« comme elle est mignonne » -si, si, j’étais un très beau
bébé. C’est à l’adolescence que ça s’est gâté-, « comme elle parle bien » - oui, j’étais précoce : j’ai même parlé avant de marcher, c’est que j’en avais des choses à dire
– « comme elle est intelligente » - non, je n'ai pas changé…). Du jour au lendemain, il n’y en avait plus que pour « l’autre ».
Qu’est ce qu’ils lui trouvent tous à ce bébé : elle n’a pas de cheveux, pas de dents, elle ne parle pas, elle ne fait que pleurer, manger, faire
caca dans sa couche et dormir. J’ai décidé de faire comme elle, pour voir, mais ça n’a pas vraiment fonctionné. Mes parents ont bien essayé de m’acheter m’amadouer en m’offrant une jolie
guitare en plastique, pour faire passer un peu la pilule. Ils me l’ont vite reprise quand je m’en suis servi pour frapper le bébé.
Vraiment, je n’en voulais pas de cette sœur qui me volait la vedette.
Et puis un matin, mes parents m’ont retrouvée assise dans le fragile berceau de ma sœur hilare. On avait sûrement dû se dire des choses importantes, des
trucs qui allaient sceller nos vies à jamais… J’ai dû lui promettre de la protéger toujours, de la faire rire, de l’écouter, de casser la gueule des méchants qui l'embêteraient (bon,
là, je pense que j’ai un peu raté : elle me met deux têtes, donc elle se défendait toute seule). En contrepartie, elle m’a juré fidélité et obédience jusqu’à la fin de ses jours.
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Parce qu’être une grande sœur, je l’ai vite compris, c’est super : vous avez un esclave soumis, qui boit vos paroles, veut tout faire comme vous,
vous admire, vous aide à faire les 400 coups… Et surtout, avoir une petite sœur, c’est ne plus jamais être seule : c’est partager les fous rires, les punitions, les jeux, sa chambre... C’est
avoir quelqu’un qui est là quand ça va bien et aussi quand ça va mal.
Je n’ai qu’une sœur, mais franchement, je n’en voudrais pas d’autre : je ne
pourrais pas avoir mieux.
D’accord, on se chamaille tout le temps pour des
broutilles, mais quand on ne se parle pas pendant 48 heures, c’est que quelque chose de grave s’est passé. On fait du sport ensemble et on rend chèvre la prof avec nos gloussements, on se fait
des soirées « l’amour est dans le pré », on partage un poulet (moi la chair, elle la carcasse qu’elle dépiaute méticuleusement avec ses doigts et ronge avec avidité), on va
danser, on dîne ensemble « chez les parents » et on se marre sur le trajet du retour, on va à des concerts, je lui fais son boulot en anglais, elle m’achète des fringues... Quand je
suis descendue du train, après une très douloureuse rupture, c’est elle qui m’attendait sur le quai de la gare. Et c’est elle que j’appelle quand je ne peux appeler personne (enfin, avant
22h, parce qu’après, elle DORT !!!)
Cela fait aujourd’hui un quart de siècle qu’elle est là. C’est fou ce que le temps passe vite. Et je me rends compte que j’ai bien de la chance de l’avoir : ma plus grande peur, c’est qu’il lui arrive quelque chose…
Je sais qu’elle ne lit pas mon blog, mais je voudrais juste vous faire partager l’émotion que je ressens aujourd’hui : ma sœur, ma petite sœur,
celle qui piquait mes Barbie, celle qui levait toujours le doigt sur les photos, celle qui me mordait jusqu'au sang quand on faisait du catch sur le lit des parents, celle qui parlait fort
« parce qu’elle voulait qu’on l’écoute », celle qui courait avec moi comme une folle dans les champs…. Ma petite sœur fête aujourd’hui ses 25 ans !!!!!!!!!!!!!
Joyeux Anniversaire !!!!!
Vous disiez ?