Fin de l'été, game over les vacances, les parisiens sont de retour. Quel drame . Paris retrouve peu à peu son
visage habituel : la trêve estivale est terminée, les rues s'animent, les travailleurs s'agitent, la pression monte, finie la dolce vita, le calme et la douceur de vivre... Mais ce matin-là,
profitant d'un doux soleil matinal (malgré les prévisions de Miss Météo France, qui nous annonce chaque jour le retour de la grisaille et de la pluie), je me suis levée tôt. Pour
profiter un peu de ces derniers moments de tranquillité dans ma ville que j'aime tant...
Mes pas me portent vers le Louvre : la cour carrée est sans aucun doute l'endroit que je préfère à Paris. Parce que le temps y est comme figé. Parce qu'on est loin du
tumulte de la ville. Parce qu'on est coupé du monde. Parce qu'elle est somptueuse. Parce que c'est une petite bulle à côté de la réalité. J'y vais quand j'ai le cafard, quand je suis heureuse,
quand je veux réfléchir, quand je veux m'isoler. Je m'y sens bien. Surtout le soir, quand elle met son habit de lumière. Paris est bien la plus belle ville du monde (je sais, je radote
!).
J'entre dans la cour et m'installe sur un banc de pierre, pour profiter d'un moment de sérénité avant l'agitation de la journée :
il est encore tôt, et les touristes n'ont pas encore envahi les lieux. La cour est calme. Un couple de jeunes amoureux enlacés est assis en face de moi. Ils se regardent bêtement tendrement, ils se sourient, ils se chuchotent des mots tous doux dans le creux de l'oreille, ils ont l'air heureux. Autour d'eux, plus rien
n'existe : l'architecture somptueuse de la cour ? Ils s'en foutent. Ces statues magnifiques qui les regardent d'en haut ? Rien à faire. La fontaine qui crache son jet d'eau qui chante ? Pas vu.
Les pigeons qui les frôlent dangereusement ? Ils ne les voient même pas. Rien n'existe plus qu'eux.
Les amoureux sont seuls au monde quand ils sont ensemble : jamais cela ne m'a semblé plus vrai. J'aurais aimé pouvoir immortaliser ce moment de douceur, petite parenthèse de
bonheur pendant quelques instants. Ils sont repartis, main dans la main, reprendre le cours de leurs vies.
Les amoureux du monde entier viennent se dévorer des yeux dans les rues de Paris, sans voir les merveilles qui les entourent. Voilà tout le paradoxe de l'Amour : Paris, ville des
amoureux, est un écrin sublime, et eux, trop occupés qu'ils sont à se bécoter en se bouffant des yeux, ils ne voient rien... Mais quel beau spectacle pour les passants : les amoureux des bancs
publics sont sans doute là pour nous donner envie d'y croire, même juste un petit peu...
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