"N'oubliez pas : demain, il y a photo de classe".
Chaque année, avec une régularité sans faille, cette phrase rituelle vient ponctuer la scolarité des écoliers français de la maternelle à la terminale. Parce que pour garder un
souvenir de ces merveilleux moments passés pendant un an, quoi de mieux qu'une photo ? Des années plus tard, on retrouvera cette grande page A4 sur laquelle une trentaine d'enfants crispés
sourient machinalement, bien sagement installés en rangs d'oignon, les p'tits devants les grands derrières, à côté de leur professeur.
Avec le temps, les photos s'accumulent, preuves photographiques que les enfants grandissent. Un peu comme cette petite marque que l'on fait chaque année au crayon sur le coin
d'un mur : regarde, tu as pris 4 centimètres depuis l'année dernière... En maternelle, les petits bouts de choux assis en tailleur ont les joues rondes et les yeux brillants. Entrée en CP : les
sourires sont édentés, la petite souris a eu du boulot cette année-là. Puis l'entrée en 6ème, où les mannequins d'un jour ne sont plus vraiment des enfants mais pas encore des ados. Fin du
collège : non, la photo n'est pas ratée, c'est juste l'acné qui donne aux élèves ce teint rougeaud. Et puis le lycée, avec ses looks aussi atypiques ("tu te souviens, c'était ton époque
gothique ?") que ridicules (je me demande encore comment j'ai fait pour porter des Doc Martens avec des robes !).
La photo de classe, c'est une vraie cérémonie. Le jour J, tout le monde sort ses plus beaux atours : il y a toujours celui que Maman a obligé à mettre son habit du dimanche (20
ans après, on se moque encore de son noeud papillon... Je ne critique pas : sur ma photo de CM2 je porte une horrible robe à smocks. C'est la dernière fois que j'ai accepté de la porter : pas de
bol, elle restera figée pour toujours dans la mémoire collective...), celle qui est à la pointe de la mode, celui qui a complètement zappé (et qui posera pour l'éternité avec son
horrible jogging Adidas troué - il y avait gym ce jour-là). Et celle qui fait de gros efforts pour être super fashion et dont la tentative échoue lamentablement...
J'ai 7 ans, je suis en CE2, et ma mère est en voyage d'affaires pendant la semaine de la photo de classe. Mon père m'a donc laissée m'habiller comme je le voulais. J'en ai assez
d'être toujours cette petite fille modèle, assise au premier rang (les p'tits devant, vous vous souvenez ?), avec ses yeux bleus et ses boucles blondes : je veux être à la mode ! Mais
j'ai une idée bien à moi de ce qui est branché ou non... Je débarque donc le jour J avec un petit chemisier au col rond brodé de fleurs, une mini jupe en jean... et un collant en lycra rose fluo
(que mon père, cédant à mon harcèlement pour me faire plaisir, m'a offert en l'absence de ma mère) que j'ai agrémenté d'une paire de
soquettes
froufroutantes et de tennis rose pâle.
Comme chaque année, je m'installe sur les chaise du premier rang. "Toi, en rose, tu te mets au fond s'il te plaît" : sur le moment, je n'ai pas trop compris pourquoi le photographe me demandait
de me mettre derrière, planquant ainsi mon super look so Fame. 20 ans plus tard, je lui suis encore reconnaissante de m'avoir épargné une honte aussi terrible (c'est le genre de photo qui
ressort toujours sur le powerpoint débile le jour de ton mariage !). Les autres enfants ont tous oublié cette faute de goût terrible, et je n'ai jamais remis mon collant rose pour aller à
l'école.
Le photographe met tout le monde en rang, du plus petit au plus grand, et installe les élèves sur trois ou quatre rangs : assis par terre, assis sur des chaises, debout et
debout sur des bancs. C'est toute une organisation. Le professeur s'installe à côté de ses pupilles. Chacun fait son plus beau sourire. Clic clac c'est dans la boite. Quelques semaines plus tard,
la photo arrive : on découvre alors la tête des uns et des autres. Untel est trop moche, machine est belle... Et derrière la photo, on écrit les noms de tous nos "amis à la vie à la mort". Au
collège, on demande même à chacun
d'écrire un
petit mot au verso du tirage ("tes trop belle ma BFF, big bisous bien baveux"). Et la photo ira se perdre dans un fond de tiroir... Jusqu'à ce jour, 20 ans plus tard, où un petit malin
aura la bonne idée la publier sur facebook : tous les souvenirs remonteront à la surface... enfin presque... comment s'appelait donc cette fille brune, assise à côté de vous ? C'est fou que son
nom vous échappe, vous étiez tout le temps fourrées ensemble...
Et un jour prochain, vos enfants retrouveront toutes ces photos : "oh la la, maman, comme t'étais moche quand t'avais 13 ans". Ta gueule morveux, attends de voir quand tu feras ta puberté (rire sadique). Merci mon chéri...
Vous êtes 14 personne(s) en ligne
Vous disiez ?