A moins de vivre enfermé au fond d'une grotte limousine (à tous les habitants du Limousin, pas la peine de vous énerver : je n'ai rien contre votre belle région, bien
au contraire. Il s'agit simplement de la région la moins peuplée de France et ce n'est pas moi qui le dis, ce sont les statistiques officielles !), vous ne pouvez pas avoir échappé à
l'événement national qui se prépare : les élections présidentielles. Et si je n'ai pas la prétention d'être une experte politique (loin de là) ni l'envie de vous convaincre de voter pour
un candidat plutôt qu'un autre (point de propagande sur ce blog, vous le savez très bien !), les périodes électorales me passionnent toujours. J'aime cette effervescence, ce sentiment
que les choses peuvent changer radicalement parce qu'un autre Président emménagera à l'Elysée (au passage, il y a pire comme résidence principale : beaux volumes, grande superficie, chef
étoilé à domicile et immense jardin... Choupette et moi, on emménage dès demain s'il le faut. En plus, je connais bien le quartier puisque j'y habite depuis 30 ans. Que demander de plus ?),
j'aime les débats stériles, les petites phrases assassines, les bons et les mauvais mots, les retournements de situation, les temps de
parole chronométrés à la seconde près, le FN qui se dit toujours mis à l'écart.. Dans un monde qui change, voir que les campagnes électorales se suivent et se ressemblent, ça me fait du bien.
Alors dorénavant ici, le vendredi, c'est ravioli politique.
Vous l'avez certainement remarqué, de plus en plus d'artistes (qu'ils soient acteurs, chanteurs, écrivains ou même anciens candidats d'émissions de télé-réalité) font
le choix de prendre publiquement parti pour un candidat politique. Et je dois dire que je trouve cela particulièrement déplacé. Voilà, c'est dit, la bombe est lancée : balancez vos critiques,
j'ai l'habitude. La première fois que je m'en suis rendu compte, c'était à un concert de Bénabar, voilà maintenant quelques années. J'étais alors ultra fan du chanteur, de ses textes, de ce qu'il
dégageait sur scène. Et là, en plein concert, voilà qu'il commence un grand discours de politique, à critiquer ouvertement le Gouvernement en place et à inciter la foule à voter pour Ségolène
Royal. Applaudissements du public en délire, et le concert repart. Je suis restée scotchée. Moi en venant écouter Bénabar, je n'avais pas l'intention d'assister à un meeting de propagande
électorale. Si cela avait été le cas, je serai allée assister directement aux interventions de Mme Royal. Moi, je venais juste écouter de la musique. Rien d'autre. Depuis, je n'aime plus Bénabar.
Non pas parce qu'il vote PS (ce que votent les autres m'importe assez peu, en réalité) mais tout simplement parce que je trouve qu'il n'est pas à sa place pour parler politiques surtout
à ceux qui n'ont rien demandé.
En France, le vote est secret : chacun a donc la liberté de garder ses opinions pour soi. C'est une grande chance que nous avons... Et je pense qu'il peut être bon de savoir
garder un peu de mystère sur certaines choses. Un artiste, on lui demande d'exprimer son talent, de faire passer des émotions à travers sa voix, ses textes, ses rôles. Pas d'utiliser sa notoriété
pour servir un parti. Certes, chacun est libre de s'engager comme militant, mais pourquoi ne pas le faire dans l'ombre, comme tout le monde, plutôt que dans la lumière ? D'ailleurs, les gens
lambda, comme vous et moi, évitent la plupart du temps de parler de leurs opinions politiques dans leur cadre professionnel : pourquoi les artistes, sous prétexte qu'ils sont des personnages
publics, n'en ferait-ils pas autant ?
Quelle légitimité ont les artistes pour inciter les Français à voter pour un candidat plutôt qu'un autre ? Yannick Noah, sous prétexte qu'il est le chanteur préféré des
Français, a-t-il pour autant plus de poids qu'un citoyen quelconque ? Est-ce que parce qu'il est célèbre, ses paroles doivent être écoutées ? Dans ce cas, pourquoi ses prises de position pour un
candidat ne sont-elles pas déduites du temps de parole de ce candidat ? Et il n'est pas le seul, loin de là : tous les candidats ont "leurs artistes", leur petite écurie de militants célèbres
qu'ils mettent en avant pour créer le buzz. C'est affligeant. Laissons donc les chanteurs chanter, et s'ils veulent réellement s'impliquer dans la gestion de notre pays, qu'ils le fassent aussi
en dehors des périodes électorales, quand les projecteurs sont éteints. Croyez-moi, ils seraient beaucoup moins nombreux sans la lumière...
Vous êtes 13 personne(s) en ligne
Vous disiez ?