Les petites filles rêvent toutes d’être des princesses. Moi la première. Il faut dire que je suis de la génération Walt Disney (avant
l’apparition des dessins animés en 3D et les histoires de robots qui parlent et de burgers qui tombent du ciel - ne me demandez pas le nom de ces films d’animation pour enfants : je n’ai vu
que les bandes annonces, et ça m’a suffi pour ne pas avoir envie d’en savoir plus).
J’ai été élevée avec Cendrillon, Blanche-Neige ou la Belle au bois dormant. Alors forcément, je rêvais d’être moi aussi une Princesse au petit pois
(tellement délicate qu’un petit pois caché sous des piles de matelas l’empêchait de fermer l’œil. Quelle conne : déjà, pourquoi s’enquiquiner à escalader une montagne de matelas alors
qu’un seul suffit, et surtout, si quelque chose la gênait, elle n’avait qu’à soulever les matelas et enlever le petit pois, au lieu de se contenter de venir se plaindre le lendemain. Petite déjà,
je trouvais que cette princesse là n’était pas bien débrouillarde).
Mais en y réfléchissant bien, être princesse n’est pas forcément si amusant. D’abord, vous êtes obligée de porter une robe de princesse : ok,
c’est vrai, c’est marrant pour aller au bal. Mais, après en avoir fait l’expérience à Venise, je dois bien avouer que passer ses journées en robe longue à crinoline et en chaussures fragiles, ce
n’est pas de tout repos : je n’ose même pas imaginer l’état de la pantoufle de vair (et non de verre : vous vous voyez, vous, marcher avec des chaussures en cristal ? Soyons
réaliste ! Le vair, c’est simplement de la fourrure blanche) de Cendrillon en plein hiver, avec la pluie, la neige et la gadoue.
Les princesses se moquent du manque de confort :
elles doivent avant tout être belles et douces, alors elles portent leur robe à corset sans discuter, ne mangent pas (trop serrées qu’elles sont dans leur carcan de tissu et de laçage)
et ne font pas pipi. De toutes façons, elles ne font pas de sport, ne courent jamais et n’ont pas besoin de porter des vêtements confortables, alors que feraient-elles d’une paire de baskets et
d’un jean ???
Cependant, il ne faut pas croire que les princesses Disney ne faisaient rien de leurs journées : non, bien au contraire, car l’inaction, c’est
mal. Leurs activités principales, qu’elles ont l’air d’apprécier (sauf Cendrillon, quand elle doit frotter le sol avec une petite brosse, sous le feu des moqueries de ces horribles demies
sœurs), c’est le ménage et la couture. Et toujours en chanson et avec le sourire, s’il vous plait. C’est étrange, quand je passe l’aspirateur chez moi, ça ne me met pas dans le même état
d’euphorie que Blanche Neige quand elle balaie la maison des sept nains.
Mais surtout, qu’elles frottent, cousent, nettoient, passent la serpillière, filent la laine ou étendent le linge, elles ne rêvent que d’une chose,
trouver le prince charmant (je pense que c’est d’ailleurs leur occupation principale et préférée : depuis leur naissance, on leur a mis la pression et on leur a promis un prince, alors
forcément, ça les obsède un peu). Et il viendra, cheveux au vent, sur son cheval blanc, beau, le sourire bright et le muscle saillant. Il suffira d’un regard, d’un baiser ou d’une danse pour
que la princesse tombe éperdument amoureuse. Et ils se marieront et auront beaucoup d’enfants…
The end du film.
Ce qu’on ne nous dit pas, c’est qu’après quatre grossesses et des années passées à faire le ménage (puisqu’elle aime ça), en attendant le
retour du prince parti chasser toute la journée (et qui s’est bien défraichi avec l’âge : maintenant, il a de la bidoche et plus trop de cheveux), la princesse n’est plus de
première fraicheur : elle ne porte plus de jolies robes, n’a plus son teint de pêche, et ne chante plus jamais. En fait, elle a une vie de merde. Finalement, être princesse, ça ne me tente
plus trop…
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