Mercredi 10 mars 2010
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A quelques jours des élections régionales (je vous rappelle au passage qu'il est important d'aller voter), je me permets de vous parler un peu de politique. Rassurez-vous, je ne vous ferai pas de propagande
pour mon candidat favori et je ne détaillerai pas les différents programmes : je ne suis absolument pas qualifiée pour le faire et vous trouverez tout ce qu'il vous faut sur d'autres sites. Non,
aujourd'hui, nous allons nous intéresser aux affiches électorales.
Parce que vous l'avez sans doute remarqué, depuis
quelques jours, devant les différents lieux de votes (écoles, mairies...), on voit s'aligner de grands panneaux de fer sur lesquels sont collées toutes les affiches présentant les
candidats à l'élection. En allant faire faire ma procuration (bah oui, je "sèche" le premier tour pour aller faire un petit saut à Londres), je me suis arrêtée devant ces panneaux, et je
me suis amusée à essayer de décrypter les affiches. Parce qu'une image peut dire beaucoup...
Affiche du
NPA : une première chose saute aux yeux, elle n'a pas coûté très cher. Le papier est de qualité très moyenne et l'impression est en deux couleurs seulement (dans le jargon de la
"fab", on dirait du "2 coul"), ce qui est bien meilleur marché qu'une impression en quadri. Forcément, plus l'affiche est qualitative, plus ça fait "riche". Et on connaît bien les positions
d'Olivier Besancenot sur la question : son maître mot est d'ailleurs dans son slogan : "anticapitaliste". Au moins, il affiche clairement sa position. L'affiche va droit au but : un logo, un
slogan (dont je me permets de soulever la question de la pertinence : se prévaloir d'être à la fois antiraciste et anticapitaliste n'est-il pas un peu "confusing", dans la mesure où l'on est
sur deux axes différents ?), un ordre ("votez") et la photo de Besancenot (parce qu'à part lui, on ne sait pas trop qui est membre de son parti politique...). Un affiche à
l'image de celui qu'elle présente ?
Affiche Europe Ecologie : on est chez les écologistes, les "verts" comme on les appelle, alors logiquement, la couleur principale de l'affiche, ce n'est pas le rouge
(contrairement à l'affiche de Besancenot, dont la couleur pourpre est immédiatement connotée très à gauche). Europe Ecologie mise sur deux axes : des figures connues, Cécile Duflot en
tête (sur la photo, elle est jeune, moderne, dynamique (avec les cheveux un peu au vent, ce qui donne une impression de mouvement), sérieuse mais rassurante (avec le demi sourire et la
chemise un peu stricte mais ouverte pour une impression moins coincée)) avec, en arrière plan, des célébrités (Daniel Cohn-Bendit, qu'on ne présente plus, Eva Joly, ancien juge de la
Cour de Cassation, et José Bové, célèbre pour ses prises de positions et ses actions médiatiques contre le maïs transgénique et le McDonald. Je sais, je résume), et des
symboles forts qui montrent un monde meilleur, en harmonie avec la nature (sur la petite frise au dessus du nom de Cécile Duflot, on aperçoit des enfants qui courrent et sautent, une
femme enceinte, un homme qui fait du vélo, des arbres, des éoliennes... Un monde meilleur en vert quoi...). Ces mêmes codes seront également utilisés sur l'affiche Alliance Ecologiste Indépendante, sur laquelle on retrouve le vert (of course), les visages des candidats, et un beau cliché d'une planète Terre
en forme de coeur et une petite feuille d'arbre. So cliché.
Affiche Lutte Ouvrière : ici, ce qui importe, ce n'est ni la symbolique, ni la couleur de l'affiche, mais véritablement le discours. On est loin des problématiques de
design ou d'esthétique : la forme, non, le fond, oui. Ce qui explique que la majeure partie de l'affiche soit exclusivement composée de texte. Cette affiche demande de s'arrêter devant, et de
prendre quelques minutes pour la lire et entrer dans le message. Bien sûr, le champ lexical utilisé est celui qu'on connaît (merci à Arlette Laguiller qui a su faire reconnaître dès les
premiers mots le discours de Lutte Ouvrière) : les mots clefs, comme toujours, sont bien là (ouvriers, employés, chômeurs, classes ouvrières, révolte, grand patronat, banquiers,
actionnaires, responsables de la crise, travail, chômage, salaires...). Le message est clair : ceux qui ont de l'argent sont des méchants, et la crise, c'est la faute aux banquiers et aux
patrons. Pour résumer, il dit la même chose que le NPA, sans résumer toute sa pensée en un seul mot : une même vision, deux approches ?
Affiche Front de Gauche : on est ici sur une approche mixte. D'une part, on met en avant tous les membres de la liste, pour donner une impression de cohésion,
d'équipe, de "tous ensemble, unis, nous allons y arriver". D'autre part, le message, lui aussi est très présent, avec les 6 points clefs du programme (avec un effet "surligné en jaune" -vu un
million de fois- pour accentuer les mots importants). Enfin, un petit symbole en fond de page (et toujours en jaune, pour une harmonie des couleurs) : un homme tout petit dans des
bottes géantes, référence évidente au Petit Poucet qui, malgré sa petite taille et le fait qu'il était un enfant, a réussi à échapper à l'ogre grâce à ses bottes de sept lieues. Je ne vous ferai
quand même pas l'affront de vous expliquer la métaphore.
Affiches Dupont-Aignan et Jean-Paul Huchon : ces deux affiches peuvent être mises dans la même catégories car, bien qu'elles présentent des courants politiques
très différents, leur fonctionnement est le même. Tout d'abord, ce qui est mis en avant, c'est le
candidat plus que le parti (personne ne connaît "Debout la République", de toutes façons, et vue la crise qu'a traversée le PS récemment, mieux vaut mettre le paquet sur Huchon que sur le
logo du Parti Socialiste) : c'est sa photo qui fait véritablement l'affiche (même format : buste et tête, une épaule coupée sur le côté, un petit sourire qui se veut rassurant... Rien
d'original, finalement). Ensuite, l'accent est mis sur un applat de couleur, qui permet de reconnaître immédiatement de qui il s'agit : violet Milka
, c'est Nicolas, Rose fushia, c'est Jean-Paul (je n'ose même pas imaginer le nombre d'heures de débat
autour du choix de la couleur, et j'aurais aimé avoir l'explication de la teinte
retenue). Enfin, dans le slogan, ce qui est mis au coeur du message, c'est l'électeur, à qui on
s'adresse directement : "votez pour vous !" et "une région pour vous". Pour un peu, on pourrait croire qu'un seul et même DA a créé ces deux affiches.
Affiches UMP : là, c'est sûr, on a de l'argent, comme le prouve le papier de belle qualité et l'impression en quadri. On est à Droite, ça se voit tout de suite. Pas de grands
discours : on mise tout sur une Valérie Pécresse sobre et souriante (mais féminine, avec son balayage parfait et son petit pendentif en diamants strass), posant devant un pont de la Seine. La teinte principale de l'affiche, c'est le bleu, bien sûr (dans la têtière -la bande du
haut, le footer-la bande du bas, et dans le
fond, avec la couleur de la Seine). L'autre affiche de l'UMP (avec Chantal Jouanno, pour Paris) garde la même charte graphique : mêmes codes vestimentaires pour la
candidate -sobre et sérieux avec une touche de féminité- et le candidat, dont la chemise bleue (quel hasard !!!!) rappelle les bannières de l'affiche.
Affiche Front
National : difficile d'en trouver une qui ne soit pas taguée ou gribouillée. C'est toujours comme ça. L'affiche ne déroge pas aux codes du FN : un symbole de la France (ici, le
drapeau, derrière la candidate, même si on ne le voit pas très bien : il est suggéré), un slogan pro-français ("les Français premiers servis" : ça veut bien dire ce que ça veut dire, pas
la peine de développer, le mesage est clair) et une photo de la candidate. Pour être honnête, je n'avais jamais entendu parler d'elle (d'un autre côté, je ne suis pas vraiment militante
FN, donc je me sens assez peu concernée par le nom des partisans de ce mouvement) : costume sombre, bijou sobre, pose de femme forte... Mais pourquoi ces cheveux péroxydés et ce rose à
lèvres dignes d'une esthéticienne de province ? Le look est à revoir, c'est certain...
Ah la la, que d'heures de travail et de
réflexion pour essayer de faire passer le bon message à travers ces quelques centimètres carrés de papier à la durée de vie si courte... Et pourquoi si peu d'audace ? Du vu, du revu, rien de
vraiment innovant, finalement... N'est-il pas grand temps que la communication politique se modernise un peu ?
Par Mado
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Publié dans : Mon avis sur la question
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Au final, ton article est beaucoup plus agréable à lire que le leur !!!
Je crois que tu as mis des mots sur ce qu'on se disait depuis pas mal de temps. Helas, les français ne prenne pas la politique très au sérieux...dommage.
J'ai peur que la France soit rongée par la ringarditude, d'ailleurs à ce propos...plus de nouvelles de Marie-Ségolene...(quelle tristitude)
Des comme ça j'en veux tous les jours.
Tu notereas l'absence d'affiche bleu blanc rouge et tu as bien note que le drapeau du FN n'etait que suggere. La raison: interdiction de mettre ces attributs republicains sur les affiches pour ne pas faire croire a un "parti officiel"; c'est dans le code electoral.
A tres bientot,