Je suis née à Paris, je vis à Paris, je rêve Paris, je pense Paris, je dors Paris, j'adore Paris. Bref, je suis parisienne (oui, je sais que vous
le savez). Pour moi, passer le périphérique est un véritable exploit et dès que je quitte ma ville plus de 48 heures, j'ai le mal du pays. Et pourtant, à l'heure où je vous parle, je suis en
plein coeur du Massif Central, dans un petit village de même pas 3000 habitants (sans compter les vaches, bien sûr !). Alors aujourd'hui, je lance un challenge à Paris : ville ou
campagne ? On refait le match !
Le bruit : première nuit en Auvergne, je suis dans mon lit,
il est tard (22 heures quoi : l'air de la
campagne, ça fatigue !), j'éteins la lumière et ferme les yeux. Impossible de dormir, ce bruit est angoissant.. Quel bruit, me direz-vous : je suis perdue au milieu de nulle part, dans
une maison aux murs épais posée en plein champ, lui-même au bout d'un chemin, après une route sinueuse au coeur de la montagne. Mais c'est bien cela le problème : il n'y a pas de bruit. Pas de
voitures, pas de klaxons, pas de gens qui crient, pas de marteau piqueur, pas de voisins qui font la fête. L'absence totale de bruit. Rien que du non bruit. Le premier jour, c'est troublant. Et
après, on s'habitue. Et j'avoue que, bien que je sois très habituée aux bruits de la ville (j'ai habité pendant 25 ans sur l'un des boulevards les plus bruyants de Paris), quand je
rentre de vacances, je trouve le bruit de la cité écoeurant, entêtant, fatigant. Et puis je m'y fais...
Le rythme de vie : à Paris, tout va très vite. On court
toute la journée : pour attraper le métro, pour
être à l'heure à ses rendez-vous, pour aller chercher les enfants à l'école, pour faire les courses... pour gagner du temps quoi ! Mais du temps pour quoi ? Pour faire autre chose, pardi ! A
la campagne, la vie suit son cours... Les agriculteurs doivent suivre le rythme des saisons pour leur activité, alors leur vie aussi suit le soleil : ils se lèvent tôt, et donc se couchent tôt.
Et après le déjeuner, l'heure de la sieste, c'est sacré. D'ailleurs, les commerçants du village l'ont bien compris et ferment leur boutique entre midi et deux heures. Ce qui a pour effet de
rendre dingue : imaginez un peu à Paris des magasins fermés à l'heure du déjeuner ou après 19h ? Inimaginable !!!! Bah oui, mais à la campagne, on ne court pas après le temps, on le prend, c'est
tout.
L'ambiance : c'est surtout le jour du réveillon du Nouvel An
que la différence m'a marquée. A Paris,
à minuit
sur les Champs Elysées, des dizaines de milliers de personnes sont amassées et s'embrassent en se souhaitant une bonne année. Ca bouge, ça grouille, ça crie, ça chante, ça rigole, ça s'embrasse
dans toutes les langues (à croire que tous les touristes de passage à Paris viennent accueillir la nouvelle année sur la plus belle avenue du monde...)... Et ensuite, les casseurs
arrivent et dégomment les vitrines. Et les CRS chargent. On peut dire ce qu'on veut : Paris, le 31 décembre, c'est animé. Alors ça m'a fait comme un choc quand j'ai passé le nouvel an en
Auvergne. A minuit, nous sommes arrivés sur la grand-place du village : nuit noire, un lampadaire, nulle âme qui vive, pas un chien errant, pas un souffle de vent, pas de vie, ville morte... Bah
oui, à la campagne, on aime se retrouver en groupe et finalement, on sort assez peu, parce qu'on est bien chez soi et qu'on ne se sent pas seul !
Les gens : à Paris, l'anonymat est presque complet. Vous
pouvez vous promener à peu près
tranquillement
sans tomber sur 25 personnes que vous connaissez. Vous avez votre vie privée et vos voisins ne vous connaissent pas. Et c'est agréable. Car vous ne voyez que les gens que vous voulez voir. Alors
que dans les petits villages, forcément, tout le monde se connait ! La pâtissière vous dira en vous voyant "je savais que vous étiez arrivée : M. Cochou (le charcutier) a croisé votre
tante hier devant la mairie et elle lui a dit que vous seriez là cette semaine". Ah, monsieur Cochou sait qui je suis, ravie de l'apprendre... De même, après 3 semaines passées là-bas, vous
connaissez à peu près les habitudes de tout le monde (celui qui est toujours en train de boire du vin au bistrot, ou celle qui a la réputation d'être une traînée parce qu'on l'a surprise à
batifoller dans les bottes de paille avec le fils du fermier voisin) et tout le monde
connait les vôtres ("alors la parisienne, vous n'allez pas acheter de gâteaux aujourd'hui ?"). Qu'il est bon d'être anonyme parfois... Mais
à la campagne, puisque les gens se connaissent, quand l'un d'entre eux meurt, on s'en rend compte tout de suite. On attend pas que les voisins se plaignent d'une odeur de vieille viande rance
pour réaliser que la voisine du dessus, 90 ans et plus toutes ses dents, est en train de pourrir dans son lit depuis 3 semaines...
Les loisirs : il faut bien le reconnaître, les petits
villages font de gros efforts pour animer la
communauté de leurs habitants : créations d'espaces culturels (avec internet haut débit, s'il vous plaît... oui, la technologie est arrivée jusque dans le Massif Central, il était temps
!), expositions d'oeuvres d'artistes locaux, spectacles, cours de musique... Mais quand on est habitué à la vie culturelle parisienne, on est forcément un peu déçu. Oui, blasé sûrement. Mais
quand vous venez de voir l'exposition Yves Saint-Laurent au Petit Palais, forcément, la mini expo sur l'histoire du napperon en dentelle du Puy, ça fait tout de suite moins d'effet. Ceci dit,
j'aime beaucoup le cinéma du petit village où je passe mes vacances : je peux rattraper mes lacunes cinématographiques, puisque les films qui sont à l'affiche sont ceux qui s'ont sortis il y a
plus de 6 mois. Avec un peu de chance, cette semaine, je vais pouvoir voir Avatar !
La nourriture : une chose est certaine, en Auvergne, on
mange bien. Dès que j'y vais, je me gave
littéralement de charcuterie, de fromages, de fruits frais et de bonne viande bien de chez nous. Et comme ça coûte deux fois moins chez qu'à Paris, on en mange deux fois plus. C'est
sûrement pour cette raison que les femmes sont plus minces en ville qu'à la campagne (pas la peine de pousser de hauts cris scandalisés : les citadines sont plus minces que les femmes
rurales, so what ?). Mais la diversité alimentaire, c'est plus compliqué : si vous avez des envies de sushis, de libanais, de khebbab ou de Macdo, passez votre chemin, nous ne trouverez pas
votre bonheur. Là-bas, ils n'ont jamais vu un maki. En revanche, si vous voulez vous payer une bonne tranche d'andouillette, vous êtes au bon endroit !
Finalement, ville et campagne ont tous deux des avantages et des inconvénients... Effectivement, sur le papier, la campagne c'est quand même beaucoup
plus agréable : moins stressant, moins fatigant, plus calme, moins pollué, plus sain... Et bizarrement, à mes yeux, il n'y a pas photo : pour rien au monde je ne pourrais vivre là-bas. J'adore y
aller quelques jours, pour me détendre, me plaindre un peu que la vie parisienne est crevante et que je suis claquée, mais dès que je suis remise sur pieds, j'ai le mal du pays, je tourne en
rond, je ne sais plus quoi faire... J'ai besoin de la ville comme un poisson a besoin d'eau. Et si, pour aimer la ville, il fallait toujours y avoir vécu ???
(et voilà la ravissante petite bourgade où je passe mon mois de juillet...)
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