Samedi soir, Londres, un pub de Notting Hill comme il y en a des centaines dans la capitale britannique : du bois partout
sur le sol, les murs, le bar, les meubles, des Anglais dans tous les coins qui descendent des litres de bière à la mousse épaisse et compacte, la cloche qui sonne le dernier verre (le "last
call", dernière chance d’être servi avant la fermeture), des portes si basses qu’il faut se baisser pour passer d’une pièce à l’autre, de grosses bougies posées sur chaque table ou enfoncées
dans le goulot d’une vieille bouteille de vin, et cette ambiance aussi indescriptible des pubs, mélange de rires gras, de Leffe, de parler fort, de tapes dans le dos, de gens debout, de gens
assis, de gens qui tanguent, un peu assis mais un peu debout aussi... Il y a même la flaque de vomi à l’extérieur, sur le côté du pub, devant la sortie de secours. Welcome to London.
J’accompagne Lulu au leaving drink d’un couple d'amis. Le leaving
drink est un concept intéressant : quitter un job / la ville / un appartement / quoi que ce soit d’autre, est toujours l’occasion de faire la fête. Généralement, celui qui quitte Londres
enchaînera ses leaving drinks, leaving dinners et leaving parties pendant 15 jours avant la date du départ : quitter Londres, c’est épuisant. Et je ne parle pas de faire les cartons ni du
déménagement.
L’avantage du pub, c’est que même quand on ne
connaît pas les gens, tout le monde se parle. Nous voici attablées avec un couple d’anglais et un belge que j’avais croisé il y a déjà quelques années. Nous lançons les banalités d’usage
(Quoi de neuf depuis 2 ans ? Toujours dans la même boite ? blablabla…). Je sirote tranquillement mon Winter Pimm's (LA
grosse découverte du week-end, je dois bien le reconnaître. Tout le monde trouve ça écœurant, trop sucré, pas assez alcoolisé, insipide : donc, j’adore. Et ça s’est d’ailleurs bien remarqué
!) en papotant tranquillement, quand un petit mec s’installe à notre table. Visiblement pas anglais, car nous échangeons quelques mots en français : mais quand il me demande d’où je viens,
pour une raison que je ne m’explique toujours pas (non, en fait, j’avais envie de rigoler un peu. Et puis n’oublions pas les effets du Winter Pimm's : j’étais d’humeur blagueuse), j’ai
pris mon plus bel accent québécois pour lui dire que je venais de Montréal.
Deux solutions : soit je continue et je m’enfonce dans mon mensonge, soit
j’arrête là ma blague super drôle. Je sais que mon humour est souvent nul parfois décalé, mais là, j’avais vraiment envie de jouer un peu. J’ai
continué. En plus, j’avais eu la bonne idée de mettre ma chemise de bûcheron (achetée le matin même chez Primark. Je savais qu’avec elle, j’allais vivre des moments inoubliables. Elle ne m’a
pas déçue) : quoi de mieux pour entrer dans la peau du personnage ?
Bobby - notre ami du Québec - commence à me poser
des questions un peu plus précises sur l’endroit où je vis. Pas de problème, je lui réponds que je vis rue Blanche, à Montréal (il y a toujours une rue Blanche dans les grandes villes).
Il m’apprend qu’il vient de Trois Rivières. Je souris bêtement (genre « bien sûr, je vois très bien où c’est ») et me demande comment je vais me sortir de ce pétrin. Parce que
faire l’accent québécois cinq minutes, c’est rigolo, mais de là à imiter Céline Dion toute la soirée, c’est une autre paire de manches…
Lulu et le Belge, tout à fait au courant que je
ne suis pas plus québécoise que Miss France n’est intelligente, sont pliés de rire, et j’ai peine à garder mon sérieux car la moindre de mes remarques avec mon accent canadien déclenche une
hilarité communicative. Vitre, trouver quelque chose avant que Bobby ne se rende compte de la supercherie…
C’est toujours dans ces moments que vous revient le petit détail qui fait
toute la différence : je me couche généralement très tard, et la nuit, France Info rediffuse le journal de Radio Canada dont je me régale. Je pense avoir fait mouche en parlant de John Harper et
de son positionnement sur l’environnement. Oui, Bobby, je connais le nom des ministes québécois : ça t’en bouche un coin, tabernacle !!!
Ok, je me sens un peu conne (mais
super drôle quand même, j’avoue). Je ne comptais pas du tout me moquer de son pays, de son accent (dont je suis une fan inconditionnelle : l’accent québécois me fait rêver, c’est comme
ça…) ni de sa culture.Vous êtes 12 personne(s) en ligne
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