Vendredi 4 novembre 2011
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Le sujet ne porte pas à la rigolade, j'en conviens. Mais bon, vous me connaissez, l'humour reste ma meilleure arme pour dédramatiser des situations un peu lourdes... Nous voici donc à
la fin de notre petit séjour allemand : ceux qui n'en peuvent plus de mes pérégrinations germaniques peuvent se réjouir, lundi, nous reviendrons en France. Mais en attendant, aujourd'hui, nous
découvrons le nazisme. Je sais, c'est un peu hard comme sujet pour un vendredi matin, mais y-a-t-il vraiment un moment idéal pour aborder ce thème délicat ? Bref, sans doute ne le savez-vous pas
(moi-même, je n'en avais aucune idée il n'y a pas une semaine. Je sais, je suis une grosse inculte. D'un autre côté, je n'ai jamais eu la prétention d'être un puits de science, et je ne
demande qu'à apprendre !), mais Nuremberg est une ville particulièrement marquante de l'histoire du nazisme.
Pour découvrir l'ampleur du mouvement nazi, la ville de Nuremberg a mis en place une grande exposition au Centre de Documentation. Une exposition permanente qui raconte, à travers 19 salles, avec des images d'archives, des photos, des objets de l'époque, l'arrivée du nazisme et le
culte qui était voué à Hitler. L'exposition est 100% en allemand, alors à moins de parler parfaitement la langue de Goethe, je vous conseille de prendre un audio-guide (en plus, il est inclus
dans le prix de la visite : et à 5 euros, franchement, on aurait tort de se priver de cette plongée dans l'histoire du 20ème siècle !). Alors certes, cette visite n'est pas de la plus folle
gaieté, mais ne pensez-vous pas qu'il est nécessaire de comprendre, de se souvenir, de parler de cette période terrible ? Déjà, les nouvelles générations se sentent bien loin de la première
guerre mondiale dont il ne reste aujourd'hui plus aucun soldat pour témoigner des atrocités de ces combats sanglants qui ont pourtant décimé toutes les familles de France et d'Allemagne. La
Seconde guerre mondiale va-t-elle subir le même sort ? Ne plus devenir qu'un vague conflit dont on ne saisit pas vraiment tous les enjeux historiques et politiques ? Il est de notre devoir de
nous informer, à défaut d'être en mesure de nous souvenir.
L'exposition nous apprend l'arrivée d'Hilter au pouvoir : la montée du NSDAP (le parti politique animé par Hilter), la tentative de putsch d'Hitler à Munich en 1923, son
incarcération de quelques mois qu'il mettra à profit pour rédiger Mein Kampf : on comprend l'importance de cette tentative ratée de prise du mouvoir par la force, un événement mineur qui marquera
pourtant profondément toute l'histoire du nazisme. On découvre ensuite comment Hilter est devenu chancelier, en 1933. Comment s'est organisé un véritable culte autour de cet homme, adulé par des
millions d'hommes, de femmes et d'enfants. Et surtout, on se replonge dans le Nuremberg des années 30 : c'est là que se tenaient les grands rassemblements du parti nazi. Dans la périphérie de la
ville, un immense complexe immobilier a été construit pour accueillir jusqu'à un demi million de sympathisants nazis qui, pendant plus d'une semaine, participaient à des journées de la jeunesse,
des épreuves sportives, des défilés militaires... Des grandes messes politiques où la foule acclamait Hilter comme on acclame un dieu vivant ou un gourou adulé... Des images qui font peur
aujourd'hui, parce qu'on sait ce qui se cache derrière.
Je ne savais pas qu'un tel projet avait vu le jour, et même s'il n'a pas été entièrement achevé, il reste encore les traces de la folie des grandeurs de ce petit nabot moustachu qui
fut à l'origine de la mort de millions d'être humains. Une arène comparable au Colisée de Rome, une voie longue de deux kilomètres dont les SS foulaient les lourds pavés d'un pas réglé au
métronome, un centre des Congrès en demi-lune qu'on surplombe du haut d'une passerelle et dont on entendrait presque encore l'écho des voix haineuses d'avant, le champs Zeppelin, le Centre de
Documentation.... Onze kilomètres carrés de terrains devenus un témoignage vibrant (et assez flippant, il faut bien l'admettre : j'avoue que je me sentais un peu nauséeuse à la fin de la
visite...) du nazisme. C'est d'ailleurs là qu'en 1935, à la suite du 7ème congrès annuel du parti, ont été promulguées les lois antiraciales qui marqueront, entre autres, le début de la
terrible extermination des juifs.
Bien sûr, l'exposition rappelle la création des camps d'extermination et le sort atroce auquel étaient soumis les juifs, mais également les handicapés ou les roms. Mais surtout, ce
qui est particulièrement choquant, c'est de découvrir comment était mise en place la propagande autour du Fuhrer, comment les enfants étaient embrigadés dès leur plus jeune âge, comment les idées
nazies se sont propagées comme un incendie, englobant tout le monde sur leur passage. Enfin, il est passionnant de redécouvrir le procés de Nuremberg : on l'a tous plus ou moins étudié à l'école,
mais sans en comprendre vraiment le fondement. Comme il est choquant de voir les anciens dirigeants du parti, des SS, des camps, plaider "not guilty" et avoir l'air de sincèrement croire à leur
innoncence. Car ils n'avaient fait que "suivre les ordres".
On est amené à se poser la question : et moi, si j'avais été allemande, à cette époque, qu'aurais-je fait ? Aurais-je eu le courage de lutter contre ce régime ? Sincèrement, je ne le
pense pas : la résistance allemande comptait à peine 3 ou 4 000 membres, contre des millions de sympathisants du parti. Les interrogations restent : comment a-t-on pu en arriver là ? S'agit-il
d'une manipulation immense des esprits ? Une perte totale du libre arbitre individuel pour suivre un mouvement collectif ? Tout cela a eu lieu il y a moins de 100 ans : c'était hier... Mes
parents étaient presque nés, mes grands-parents étaient déjà des adultes : cette période noire semble à la fois si proche et si lointaine...
Le sujet du nazisme semble aujourd'hui encore très sensible en Allemagne : je l'ai bien senti, et n'ai à aucun moment abordé le sujet avec les quelques allemands rencontrés sur mon
chemin. Et pourtant, des dizaines de questions me brûlaient les lèvres ! J'aimerais savoir comment un peuple marqué par une histoire si lourde arrive à se reconstruire. Comment les familles
parlent de leurs ancêtres. Si les photos prises lors des congrès du parti nazi ont été supprimées des albums photos des grands-parents. Si les gens en parlent entre eux ou ont décidé, d'un accord
tacite, de ne jamais en parler. Je meurs d'envie de savoir ce que les enfants allemands apprennent à l'école en cours d'histoire. J'aimerais comprendre si les jeunes enfants embrigadés dès leur
plus jeune âge ont réussi à changer leur mode de pensée et à comprendre que tout ce qu'ont leur avait appris n'était que haine. J'aimerais aussi savoir comment un pays aussi démoli, aussi bien
physiquement que psychologiquement, il n'y a encore pas si longtemps, a pu se reconstruire et devenir l'un des moteurs de l'Europe. Autant de questions restées encore sans réponse. Pour le
moment.
Mais une chose est sûre : le Centre de Documentation, qui a ouvert ses portes en 2001, est une preuve que le peuple allemand ne veut pas oublier cette terrible période de son
histoire. Ces monuments colossaux qui se dressent sont là pour rappeler les atrocités d'avant. Mais ils sont aujourd'hui le lieu de détente des habitants de la ville, qui viennent y passer leurs
dimanches, comme les parisiens vont au Bois de Boulogne. Une jolie manière de garder en souvenir que des choses horribles ont été faites, mais que la vie continue et qu'on peut toujours changer
de cap et avancer dans la bonne direction...
Et pour ceux qui voudraient en savoir plus, je vous conseille cet excellent reportage diffusé sur France 2 la semaine
dernière...
Vous disiez ?