Lundi 22 février 2010
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Non, je ne suis pas morte. Non, je ne vous abandonne pas. Oui, je sais, ça fait un moment que je n'ai pas mis un pied ici, mais bon, je ne peux pas
être partout (et la semaine dernière, j'étais au boulot. Voilà, tout est dit). Mais pour me faire pardonner, cette semaine, je vous emmène en voyage. Allez hop, c'est parti, direction
Venise !!!!
On est vendredi soir : je réussis à quitter le boulot plus ou
moins à l'heure (ok, j'avoue, j'ai dû courir un peu quand même), direction la gare de Paris Bercy pour prendre le train de nuit qui m'emmènera dans la cité des Doges. Inutile de préciser
que je suis surexcitée. Et chargée comme une mûle aussi (c'est mon
costume surtout qui prend de la place). J'imagine déjà le train ultra-moderne qui, fendant l'air à une vitesse folle, me fera traverser France et Italie telle une fusée (???).
J'ai un peu déchanté en voyant le tortillard qui allait m'emmener vivre mon rêve vénitien... Les vieilles locomotives qu'on voit dans les musées ont l'air plus vaillantes.
Nous arrivons dans le wagon : 3 mètres
carrés, 6 places assises, 4 couchettes. Il ne faut pas avoir peur de la proximité avec ses voisins de chambrée. Nous squattons tout de suite les couchettes du haut, histoire d'être peinardes
pendant la nuit et de ne pas être dérangées par une voisine du dessus avec la vessie d'un lapin nain. Le temps d'avaler mon sandwich SNCF (modèle classique : pain rassis,
deux-bouchées-tu-te-mords-les-doigts), d'aller faire une toilette de chat dans les "lavabos", un pipi et au lit.
Enfin, c'est un bien grand mot : après avoir
bataillé un bon quart d'heure contre mon "sac à viande" (un surprenant mélange entre un drap et un sac de couchage, mais à moitié ouvert), essayé de me couvrir avec la couverture qui a
dû servir à des dizaines de dormeurs avant moi, tenté de surmonter cette épouvantable odeur de vinaigre qui se dégage de mon oreiller tout plat, j'ai abdiqué. On a éteint la lumière, bonne nuit,
à demain. Et c'est là que j'ai compris que si dormir dans le train est très rigolo quand on a 8 ans (j'ai encore en tête des souvenirs merveilleux de départ pour les sports d'hiver...),
il en va tout autrement 20 ans plus tard.
Les grincements et crissements du train,
les arrêts qui défilent, les voyageurs qui parlent dans le couloir, la porte du compartiment qui s'ouvre et se referme, cette désagréable sensation d'être enfermée dans un shaker... Et surtout,
cette épouvantable veilleuse bleue qui m'a empêchée de fermer l'oeil. Autant vous dire qu'au retour, j'avais prévu le coup et investi dans un masque de nuit.
Après 11 heures de "sommeil", le contrôleur est
venu nous réveiller et nous rendre nos passeports qui avaient été "confisqués" au départ du train. J'ai émergé laborieusement, avec la vague impression de ne pas avoir dormi du tout et d'avoir
passé la nuit dans un frigo : un rapide passage au lavabo, histoire de mettre mes lentilles (et par la même occasion, de retrouver la vue) et me brosser les dents, un petit pipi
(difficile : je vous laisse imaginer l'état des toilettes après 12 heures de passage dans un train bondé) et direction le wagon restaurant pour prendre un petit déjeuner.
J'ai fait un bond dans les années 70 :
tables et banquettes en formica marron, linoléum kaki... Le wagon n'a clairement pas été rénové depuis l'invention de la locomotive électrique. Et le chauffage était visiblement en option à cette
époque, comme en témoignait cet épais nuage de vapeur qui s'échappait de ma bouche à chacune de mes paroles. Je ne vous cache pas que je ne me suis pas éternisée et que j'ai bu mon gobelet de thé
(qui avait une étrange ressemblance avec une analyse d'urine) et mangé du bout des lèvres deux bouchées d'un immonde croissant décongelé encore congelé.
Plus que 10 minutes avant la fin
du voyage, ce moment-même que j'attendais tant, la raison pour laquelle j'ai choisis de prendre le train : la traversée de la lagune, au petit matin... Avec de l'eau tout autour, et cette lumière
à la fois froide et si chaude... L'arrivée sur Venise est magique. J'oublie cette longue nuit mouvementée et sors de la gare. Venise s'offre à moi...
To be continued...
Par Mado
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Mardi 23 février 2010
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08:05
Venise. Enfin. A peine sorties du train, nous attrapons le Vaporetto (le bateau navette qui permet de se déplacer rapidement - le métro vénitien, en quelque sorte.
Mais vachement plus cher !) et, en une quinzaine de minutes (juste le temps d'admirer les magnifiques palais qui s'égrennent le long du canal), nous voici arrivées à notre arrêt.
Enfin je vais découvrir la place Saint Marc, derrière laquelle se trouve notre hôtel.
Je traîne d'une main ma valise, et de
l'autre, je porte mon précieux costume et mon sac à main (modèle sac de femme : le volume d'un oreiller et le poids d'une enclume) : je commence à sentir la fatigue et je ne rêve que
d'une choses, prendre une bonne douche. Je vais être servie plus vite que prévue.
Devant nous, au détour d'un bâtiment, le Palais des Doges
se découpe dans un ciel bleu magnifique, puis la Basilique Saint-Marc (on prononce Saint "Mar" : sinon, ça fait gros plouc qui n'y connait rien. Tout comme on ne prononce pas le Z final
d'Avoriaz ou de Saint Tropez) : je crois que c'est à ce moment précis que je suis tombée amoureuse de Venise.
Nous zigzagons entre les touristes pour
traverser la place. Tiens, c'est drôle, pourquoi personne ne passe au milieu ? J'ai vite compris... Devant nous, la place était entièrement couverte d'une trentaine de centimètres d'eau. La
fameuse Aqua Alta (l'eau haute, dont mon père m'avait parlé, et que j'avais bien sûr complètement occultée de mon esprit de blonde). Comme j'ai regretté mes bottes de pluie à cet instant
précis.
Après avoir retourné la situation dans tous les
sens, il a fallu se rendre à l'évidence : pour être à l'heure à notre rendez-vous, pas le temps de prendre le risque de trouver un itinéraire bis (que n'indiquait d'ailleurs pas mon
plan), j'ai pris les choses en main. Sous le regard un peu effrayé de l'amie avec qui j'étais (et qui ne connaissait pas encore très bien mon côté ridicule et débrouillard), j'ai
dit : "allez, on y va à pied". Elle n'a pas eu le temps de répondre que j'avais enlevé chaussures et chaussettes (merci au passage aux sacs pliables Monoprix, dont l'anse passe parfaitement
autour de la tête), remonté mon jean, et hop, je me suis jetée à l'eau.
Première impression : "c'est froid !!!".
Deuxième impression : "P....n !!! Ma valise !!!! Et merde, mon costume". Troisième impression : "mon Dieu, je ne sens plus mes pieds, mes orteils vont tomber".... Ces 25 mètres m'ont semblé être
des kilomètres. Surtout sous les regards amusés des touristes qui se demandaient qui étaient ces deux folles, chargées comme des mulets, qui avançaient pieds nus dans une eau à 2°C, en jurant
comme des charretières (ok, j'avoue, j'étais la seule à avancer en égrénant tous les jurons de mon répertoire). On m'a même prise en photo : j'ai quand même trouvé la force de faire un
bras d'honneur au photographe (je suis parisienne, je n'oublions pas).
Finalement, nous avons retrouvé la terre ferme.
Et j'ai eu pitié de celle à qui j'avais imposé cette torture : je suis allée acheter des bottes en plastique spéciales (qui ressemblent à de grands sacs poubelles qu'on enfile par dessus ses
chaussures et qui permettent d'affronter la crue du canal. 10 euros la paire de sacs poubelle, ça fait mal). Oui, j'assume : j'ai succombé au piège des attrape-touristes. Et après une bonne
douche et un petit déjeuner digne de ce nom, nous sommes reparties vers la place Saint Marc, prêtes à enfiler nos chausses de plastique.
Oh surprise : à partir de 11h, la place n'est plus
inondée. Ah. Je me suis malgré tout promenée pendant deux jours avec mes "chausses" dans mon sac à main, juste au cas où... Et bizarrement, cette arrivée épique restera probablement l'un de mes
meilleurs souvenirs de ce week-end. Et celui de mon plus gros fou rire, c'est certain !!!!
Je sais ce que vous allez dire : même ridicule, je reste follement parisienne. Preuve en photo à l'appui !
Par Mado
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Mercredi 24 février 2010
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08:05
Venise, c'est le Pont des Soupirs, les gondoliers, les week-ends en amoureux, la Place Saint-Marc et ses pigeons... Mais Venise c'est également le Carnaval !!! La
tradition de cette fête, qui dure une douzaine de jours et se termine pour mardi gras, remonte au moins au 11ème siècle (après Jésus Christ, je vous rassure) : elle avait disparu mais a
été remise au goût du jour au début des années 80, dans sa forme qu'on lui connait actuellement. Fin de la minute historique, entrons dans le vif du sujet.
Il faut savoir que la période du Carnaval est celle qui
réunit le plus de monde dans la Cité des Doges : je ne vous raconte même pas la galère pour trouver un hôtel qui accepte de louer une chambre pour une nuit. J'ai eu du bol, mais j'ai quand même
passé tout un après-midi au téléphone à baragouiner les 3 pauvres mots d'italien que je connais pour arriver à en trouver un. Dès la sortie de la gare, des dizaines de petits stands attendent les
touristes pour leur proposer de se faire maquiller. On entre tout de suite dans le Carnaval.
La foule est dense : dans les rues (piétonnes, bien
sûr), on avance en grappe, très lentement, collés les uns contre les autres, dans un long flot régulier et fatigant. Certaines rues sont mêmes en sens unique pour les piétons (et la
"circulation" est régulée par des policiers : "non, c'est sens interdit piéton". On aura tout vu). Pour marcher 100 mètres, prévoir un quart d'heure, pas moins. Et pas question de faire demi
tour : tant pis si vous avez oublié quelquechose derrière vous, le flot vous entraîne.
Quand vous arrivez finalement Place Saint
Marc, là aussi, c'est noir de monde. On m'avait parlé des centaines de pigeons qui ont élu garde-manger sur cette célèbre place (et j'appréhendais beaucoup de me trouver confrontée à ces
horribles volatiles, quand on sait la chance que j'ai : un oiseau dans le ciel - une crotte - elle est pour moi. J'ai failli venir avec un K-Way) : pour être honnête, je n'en ai pas vu un
seul. La foule était tellement compacte que les pigeons ont dû trouver refuge ailleurs. Ce qui n'était pas pour me déplaire, d'ailleurs.
Sur la place et dans les rues, des dizaines de personnes déguisées se pavanent et attendent de se faire
prendre en photo. La plupart sont des amoureux du Carnaval : ils réfléchissent à leur costume des mois à l'avance, font des recherches
minutieuses, pensent à chaque détail, font fabriquer spécialement leur costume (ce qui coûte une véritable petite fortune : une jeune femme que j'ai croisée dans le Vaporetto a eu la
gentillesse de répondre à toutes mes questions sur le Carnaval et ses traditions : son masque lui a coûté plus de 9 mois de travail et 650 euros) et viennent à Venise simplement pour
déambuler dans les rues sous les flashes des photographes amateurs et des touristes. Si ça les amuse... J'ai été très surprise par ce couple qui logeait dans notre hôtel : avec leurs costumes
orange, on ne pouvait pas les rater. Je les ai croisés une dizaine de fois dans les rues pendant le week-end : pas une fois ils n'ont souri, pas une fois ils n'ont parlé, et ils ont dû marcher
des kilomètres dans les rues minuscules, juste pour s'exhiber un peu. Leurs déguisements sont maintenant immortalisés dans les albums photos de milliers de touristes du monde entier... La gloire
quoi (oui, c'est bien eux sur la photo).
Le Carnaval de Venise est grouillant, coloré, agaçant,
fatigant, magique, décalé, parfois décadent, intéressant mélange de tradition et de modernité : un moment à vivre en vrai, au moins une fois dans sa vie... En arrivant à Paris, j'ai trouvé
ma vie très grise. En défaisant ma valise, un confetti, paillette de papier colorée, est tombé sur mon lit. Dernier vestige de ce week-end de fête. Je retournerai au Carnaval, c'est promis...



Par Mado
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Jeudi 25 février 2010
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25
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08:05
Si je suis allée à Venise pour le Carnaval, ce n'est pas uniquement pour découvrir la ville et son ambiance festive, mais pour me rendre à la
Cavalchina, organisée par le Comité Français pour la Sauvegarde de Venise. La Cavalchina est le plus grand bal du Carnaval de Venise : il a lieu chaque
année, le dernier samedi avant mardi gras, au théâtre de la Fenice (ce superbe théâtre qui avait brûlé en 1996 et a depuis retrouvé toute sa splendeur et sa majesté d'antan). L'espace de
quelques heures, la Fenice n'est plus un opéra mais la scène d'un superbe bal masqué hors du temps.
Après une petite coupe de Champagne dans un
Palais vénitien (ne me demandez pas lequel, je ne sais plus, mais le lieu était magique...), notre petite troupe d'une centaine de jeunes Français fringants et costumés s'est dirigée
vers la Fenice : montée des marches, tapis rouge, flashes des photographes et des touristes... Un véritable accueil de stars. Et dès l'arrivée, on vous remet un sac avec des produits Chanel. Le
star system me plaît de plus en plus.
Dans le hall, sous les immenses lustres en cristal, des
centaines d'invités déguisés : des belles et des bêtes (le thème de la soirée), des marquises, des crinolines, des masques, des plumes, des paillettes, des étoffes riches, des froufrous,
du doré, du clinquant, du brillant, du strassé... On boit un verre en picorant des petites bouchées offertes par des serveurs. So chic.
Quelques personnalités se détachent : les photographes
les mitraillent, ici et là, une caméra, une interview... Drôle d'effet que d'être entourée de personnes connues que l'on ne connait pas. Je me faufile difficilement entre les invités : il faut
dire que se déplacer avec une robe à crinoline n'est pas un exercice facile (et vu le montant du chèque de caution que j'ai laissé au loueur, je n'ai pas très envie d'abîmer ma robe). Et
je ne parle même pas de mon corset qui commence à me scier le dos et m'empêche de respirer (et accessoirement, de manger, ce qui a été très frustrant au moment du superbe dîner, qui a été
pour moi un véritable supplice de Tantale). Je monte les escalier et entre dans la grande salle du théâtre...
Moment magique : une salle immense, aux peintures et
dorures superbes... Sur scène, des violonistes jouent les canons de Pachelbel. Je ne sais plus où donner de la tête face à tant de merveilles. C'en est trop pour mes yeux ! Chacun s'installe
comme il peut, et le spectacle commence : acrobates, dresseur de chevaux, musiciens, chanteuses (qui s'avèreront être des chanteurs,
en y regardant de plus près...), humoriste déguisé avec des vêtements de papier (ma main à couper qu'on le verra chez Patrick Sébastien avant la fin de l'année), remise de prix,
Grace Jones qui fait son show (dont le moment culminant a été celui où son sein gauche a décidé de pointer le bout de son nez et aller voir dehors ce qui se passait).
Fin du spectacle, début du bal. Pas facile de danser
avec autant de tissu et de volume. Mais je l'ai fait.
Et puis la fatigue est remontée (après la nuit sans sommeil dans le train et toutes les visites de la journée) : un petit quart d'heure de marche dans les rues désertes de Venise. Un
moment à part. Juste le calme après le tourbillon de la journée. C'est terminé. Et quand j'y repense, je me demande si je n'ai pas un peu rêvé...
Par Mado
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