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Pourquoi certaines filles sont-elles parfaites ? Pourquoi ne tombent-elles jamais, ne se cognent-elles jamais, ne se font-elles jamais faire dessus par le seul pigeon qui passe dans le ciel ? Et surtout, pourquoi ne suis-je pas comme elles ????
Je suis nulle en alcool. Mais vraiment. Et le comble, c’est que j’ai décroché il y a maintenant près de 2 ans un poste chez un distributeur de whisky. La grosse blague, pour quelqu’un comme moi, qui ai bu mon premier whisky juste avant l’entretien d’embauche, histoire de savoir quel goût ça
avait.
Je confirme, je déteste ça.
Mais qu’à cela ne tienne : dans le cadre de mon travail, j’étais chargée -entre autres- de rédiger des notes de dégustations. Bien sûr, n’y connaissant rien, je demandais à des
« experts » de goûter, de commenter, et je mettais tout ça en forme. Mais comment fait-on quand on n’a pas l’échantillon ou bien que le produit n’est pas encore prêt ? J’ai rédigé
de superbes notes, toute seule, comme une grande, que Bigboss Le Méchant a validées sans problème.
Ce job, qui pour d’autres aurait été un véritable paradis, était tout simplement une torture pour moi. Ah ça, aucun risque que j’aille piquer des trucs dans la réserve : vous ne
me verrez pas quitter le boulot en douce avec une bouteille de whisky bien planquée sous le manteau. Les vols à l’entrepôt, c’est sûr, c’était pas moi. Bon, on aurait vendu des chaussures, j’dis
pas que j’en aurais pas piqué une ou deux paires…
Souvent, le soir (oui, je faisais nocturne...), Bigboss Le Méchant approchait de mon bureau et y déposait un verre : « tiens, goûte, c’est un nouveau Cognac qu’on
vient de recevoir. Il est rarissime et très cher ». Et invariablement, je partais aux toilettes, où je regardais d’un air désolé le précieux breuvage finir ses jours dans la cuvette en
porcelaine. Oui, je sais, c'est moche.
Si cette expérience m'a malgré tout apporté une belle connaissance théorique des alcools et spiritueux (ce qui me permet de crâner dans les dîners, en expliquant le mode de
fabrication du whisky ou en racontant l'histoire de cette merveilleuse distillerie japonaise), je n'en reste pas moins un
imposteur.
Quand je goûte un vin ou un spiritueux, je ne sens rien : aucune note de poire ou de vanille, pas une once de réglisse ou de fruits rouges... L'alcool m'anesthésie les papilles.
Pourtant, je reconnais assez bien les goûts en règle générale (j'ai d'ailleurs fait brillamment mes preuves à une dégustation de thé avec un célèbre maître du thé), mais dès que c'est
alcoolisé, il n'y a rien à faire.
C'est la raison pour laquelle j'appréhende toujours de devoir goûter le vin au restaurant. Traditionnellement, la bienséance exige que ce soit celui qui invite qui goûte. Mais le plus
souvent, le sommelier fait goûter Monsieur (sans doute parce qu'il part du principe que c'est Monsieur qui paye l'addition, ce qui est complètement dépassé de nos jours, les hommes mettant de
moins en moins la main au portefeuille. Ce que je trouve par ailleurs parfaitement regrettable. On en reparlera à l'occasion, tiens).
Mais quand on est deux femmes, difficile d'échapper à la corvée : c'est vous qui payez ? C'est vous qui goûtez, CQFD. Il faut commencer par choisir le vin, en fonction de ce que vous
avez choisi comme plat : facile, viande blanche ou poisson, on prend du blanc, viande rouge, on prend du rouge. Personnellement, je bois du vin très sucré avec tout, et j'adore le mélange vin
doux / fromages, qui fait bondir les spécialistes. Pour mettre tout le mnde d'accord, dînons au Champagne, ce sera plus simple. Donc, si vous ne savez pas, demandez au sommelier ce qu'il vous
conseille (tout en jetant un petit coup d'oeil sur le prix : oui, le Château Margaux irait très bien avec votre côte de boeuf. Mais vous allez devoir manger des pâtes au beurre pendant 5
semaines...) : au moins, vous éviterez la faute de goût impardonnable.
Voilà, on vous apporte la bouteille. Le serveur prend votre verre, vous sert un fond de vin, et c'est là qu'il faut faire illusion. Parce que tout le monde à table vous regarde et
attend votre verdict avec impatience. Mais comment cacher votre incompétence ? Voici la marche à suivre pour ne pas avoir l'air trop con-con.
Attrapez votre verre par la base (il ne faut surtout pas le tenir par le ballon, ça réchauffe le vin et ça fait beauf), levez-le au niveau de vos yeux, inclinez-le un peu
(sans en renverser partout !!!) et regardez sa couleur en prenant un air entendu (et vérifiez au passage qu'il n'est pas trouble : si c'est le cas, vous pouvez faire la remarque
!!!). Ensuite, faites tourner DELICATEMENT le vin dans le verre (attention, c'est l'opération la plus délicate) puis, toujours en l'inclinant, mettez-y vote nez et... 3, 2, 1...
SENTEZ !!! Si vous voulez vraiment avoir l'air à fond dedans, fermez les yeux.
Portez ensuite le verre à vos lèvres et prenez une gorgée de vin. Gardez la en bouche quelques secondes, comme si vous la mâchiez (pas la peine d'aller jusqu'à faire cet horrible
gargouillis avec le vin : on ne vous en demande pas tant), plissez les yeux pour montrer que vous êtes concentré, et reposer le verre sur la table en faisant un signe de la tête ponctué d'un
"parfait". Là, c'est le top départ donné au serveur pour qu'il serve tout le monde.
Attention tout de même, si le vin pue le liège (là, pas besoin d'être un expert, tout le monde s'en rend compte), vous pouvez dire qu'il sembe bouchonné : les autres convives
sentiront tous le vin, le goûteront, et la décision de garder ou non la bouteille sera alors collective.
Qu'est ce qu'il ne faut pas faire pour avoir l'air d'une jeune femme accomplie.
Publié le 23/11/2009 à 08h59 dans Petit précis de bienséance